Tabac et risque cardio-vasculaire : pas d’effet seuil

Le risque cardio-vasculaire est  proportionnel à la quantité de tabac consommée. En termes de santé, mieux vaut fumer peu que fumer beaucoup … mais ne pas fumer du tout est encore mieux !

1) Situation :

« M. B. 65 ans se présente à ma consultation accompagné de sa femme. Son frère cadet a fait le semaine dernière un angor qui a justifié un stent. M. B. fume de 3 à 5 cigarettes par jour depuis toujours. Sa femme insiste pour qu’il arrête totalement. Lui a déjà essayé sans succès. Il voudrai être « autorisé » à continuer « car 5 par jour, c’est très peu » et me demande confirmation ».

2) Question :

Pour un petit fumeur, est-ce que la poursuite de sa faible consommation l’expose à un réel risque cardio-vasculaire ou est-ce que ce risque obéit à un effet seuil ?

3) Recherche :

  • « la probabilité de faire un accident coronarien augmente avec le nombre de cigarettes fumées quotidiennement. Etude portant sur 500 hommes âgés de 30 à 50 ans qui venaient de faire une première ischémie myocardique non compliquée » (La revue Prescrire Tome 4 n° 32 fev 84).
  • Etude prospective des évènements cardio-vasculaires chez 7264 hommes âgés de 40 à 59 ans…dans les années1978 à 1980  …l’incidence annuelle des AVC a été multipliée par 4 chez les sujets qui ont continué à fumer par rapport à ceux qui n’ont jamais fumé. Chez les sujets qui ont arrêté de fumer, l’excès de risque  d’ AVC a diminué progressivement pendant les cinq années qui ont suivi l’arrêt du tabac…Les anciens fumeurs « modérés » (moins de 20 cigarettes par jour) ont alors retrouvé un risque d’AVC identique à celui des « non-fumeurs ». Les anciens « gros fumeurs » (20 cigarettes ou plus par jour ont conservé un RCV deux fois plus élevé que les « non-fumeurs » (mais deux fois moins élevé que ceux qui ont continué à fumer ) ». (idem Tome 17, n° 171 , mars 97)
  • « …une récente revue générale a recensé neuf études épidémiologiques cherchant à préciser l’association du tabagisme passif et des affections cardio-vasculaire. A l’exception d’une seule, toutes montrent la relation positive entre l’environnement tabagique et le décès par maladie cardiaque chez les non-fumeurs exposés. » (idem  Tome 12 n° 123, nov 92)
  •  » …Après un suivi de plus 25 ans, par comparaison aux non-fumeurs, les fumeurs de 1 à 4 cigarettes par jour, ont eu une mortalité totale 1,5 plus élevée (différence statistiquement significative), surtout par augmentation de la mortalité cardio-vasculaire chez les hommes, et par augmentation de la mortalité cardio-vasculaire et par cancer bronchique chez les femmes » (idem, Tome 27 n° 285, jul 07)
  • « …l’arrêt du tabac permet de réduire la sur-mortalité liée à cette consommation. L’arrêt est toujours bénéfique pour la santé, même dans le cas d’une consommation très faible de seulement quelques cigarettes. L’excès de mortalité lié uniquement au tabagisme passif, permet de concevoir qu’une consommation même modérée de tabac soit néfaste. Il est également bénéfique pour la santé, de s’arrêter même après des décennies de consommation et après l’apparition d’une pathologie liée au tabagisme. L’effet le plus spectaculaire est obtenu sur le risque de pathologie cardio-vasculaire liée à la consommation de tabac qui disparaît presque totalement quelques années après l’arrêt… » (Afssaps. Les stratégies thérapeutiques médicamenteuses et non médicamenteuses de l’aide à l’arrêt du tabac. Argumentaire. Mai 2003)

4) Synthèse :

Le risque cardio-vasculaire est  proportionnel à la quantité de tabac consommée. En termes de santé, mieux vaut fumer peu que fumer beaucoup mais ne pas fumer du tout est encore mieux.

[ auteur : Alain CHAPERON ; date : 19/12/10 ; niveau de preuve 3/5 ]

 

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