Scintigraphie cérébrale : inutile dans Alzheimer

La scintigraphie cérébrale (Produit diagnostic ayant une ASMR mineure à IV) peut être utile pour 2000 à 3000 patients par an en France afin de mieux identifier des démences à corps de Lewy. Elle n’est pas un test utile au diagnostic positif de la maladie d’Alzheimer.

1) Situation :

« Monsieur R à 80 ans, depuis 3 ans il a fait plusieurs fugues. Les troubles ont commencé quelques années auparavant par des épisodes où il ne se rappelait plus où il avait garé sa voiture. Ayant consulté un spécialiste de la mémoire, je n’ai pas vu ce patient depuis plusieurs mois, et il vient me consulter à ma demande expresse car il a fait une nouvelle fugue. Sa femme souhaitait simplement que je renouvelle le traitement du neurologue. Il a été retrouvé désorienté à 300 Kms de chez lui, dans la ville de son enfance qu’il avait rallié à pied et en train.

Cette consultation en décembre 2010 est l’occasion de relire les divers documents de son dossier. En Juin 2009 le neurologue m’écrivait, « Un bilan qui n’évoque pas une pathologie démentielle ». Par contre, le compte-rendu de l’hospitalisation de Janvier 2010 évoque de la manière suivante un Alzheimer : « une diminution de la fixation dans aires associatives postérieures » à la scintigraphie ».

2) Question :

Chez un adulte présentant des troubles mnésiques importants, la réalisation d’une scintigraphie cérébrale est-elle un complément utile à l’examen clinique pour poser un diagnostic ?3) Recherche :

  • Il existe une évaluation assez structurée de cette scintigraphie cérébrale avec le ioflupane [123I] (DATscan ) qui consiste à l’injection d’un médicament radiopharmaceutique. Une seule étude de faible niveau de preuve permet de dégager ses intérêts et les limites, deux autre ayant été écartées en raison de leurs faiblesses méthodologiques. La HAS conclut que « Un essai de phase III a étudié, chez 232 sujets atteints de démences, les résultats d’une évaluation visuelle indépendante en aveugle des images DaTSCAN par rapport au diagnostic clinique de médecins ayant l’expérience du diagnostic et de la prise en charge des démences. Les valeurs de la sensibilité de DaTSCAN pour différencier une DLB probable d’une démence sans corps de Lewy ont été comprises entre 75,0 % et 80,2 %, « avec une spécificité de 88,6 % à 91,4 %. »

« Actuellement, l’un des principaux intérêts de cette amélioration est de permettre l’éviction des neuroleptiques comme traitement des troubles psychotiques chez les patients atteints de DLB, en raison d’effets indésirables sévères pouvant aller jusqu’à un syndrome neuroleptique malin. Un impact peut donc être attendu de la part de DaTSCAN sur la réduction de la morbi-mortalité. Cet impact sera toutefois limité car : – les patients concernés par l’utilisation de ce neurotraceur sont vraisemblablement peu nombreux. – la transposabilité des données expérimentales en situation réelle est liée à la disponibilité de la technique : DaTSCAN est un médicament radiopharmaceutique à usage diagnostique, la disponibilité de cette technique est réservée aux services de médecine nucléaire. En conséquence, un intérêt de santé publique au mieux faible peut être attendu de la part de DaTSCAN. »

« DaTSCAN apporte une Amélioration du Service Médical Rendu mineure (ASMR IV) dans la stratégie diagnostique comme aide au diagnostic différentiel entre une démence à corps de Lewy probable et la maladie d’Alzheimer. »

« La population cible de DaTSCAN correspond aux patients dont le diagnostic différentiel n’a pu être déterminé par les critères cliniques principaux utilisés pour le diagnostic de la DLB. Selon les experts, cette population serait de l’ordre de 10 000 patients. Cependant, la disponibilité de cette technique est réservée aux services de médecine nucléaire. Il est probable que le recours à cet examen ne concerne que 2 000 à 3 000 patients par an. » (DaTSCAN. Commission de la Transparence. Avis du 14 Mars 2007. Accessible sur : http://www.has-sante.fr/portail/upload/docs/application/pdf/ct-4058_datscan_.pdf )

  • Mis en perspective dans notre pratique quotidienne, la HAS dans ses recommandations de 2008 conclut : « La réalisation systématique d’une imagerie par tomographie d’émission monophotonique (TEMP), d’une scintigraphie cérébrale avec le ioflupane [123I] (DATscan ) ou d’une imagerie par tomographie à émission de positrons (TEP) n’est pas recommandée pour porter un diagnostic positif de maladie d’Alzheimer. » (HAS. Diagnostic et prise en charge de la maladie d’Alzheimer et des maladies apparentées. Mars 2008. 8 pages.  http://www.has-sante.fr/portail/upload/docs/application/pdf/maladie_dalzheimer_-_synthese_-_diagnostic.pdf )

4) Synthèse :

La scintigraphie cérébrale (Produit diagnostic ayant une ASMR mineure à IV) peut être utile pour 2000 à 3000 patients par an en France afin de mieux identifier des démences à corps de Lewy.

Elle n’est pas un test utile au diagnostic positif de la maladie d’Alzheimer.

[ auteur : Philippe NICOT ; date : 10/01/11 ; niveau de preuve 3/5 ]

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