… un endocrinologue qui veut arrêter la metformine à cause d’une insuffisance cardiaque

Mme C., âgée de 55 ans est diabétique et hypertendue depuis 15 ans. La vie ne l’a pas ménagé et elle est très angoissée par son état de santé.
Je suis son médecin traitant depuis une dizaine d’année …

Un bilan cardiologique  motivé par la surveillance annuelle de son diabète, de son hypertension et l’apparition d’une dyspnée d’installation progressive a permis de faire le diagnostic d’une insuffisance cardiaque modérée. Après 2 mois de suivi régulier en cardiologie pour adaptation du traitement, le cardiologue consulté ce jour là  décide: ”consultation en diabétologie chez C.C. à notre habitude. Il est à noter que cette décision a été prise sans aucune concertation avec son médecin traitant.

La diabétologue consultée décide” en pratique, il est préférable d’arrêter la METFORMINE du fait de l’insuffisance cardiaque et de ne maintenir que le sulfamide. »

Quelques recherches de la littérature m’ont permis de trouver des éléments factuels infirmant cette décision.
Je décidais donc d’en faire part à la diabétologue par ce courrier:

« le 16/02/2011

Ma Chère Consœur,

Suite à votre courrier du 08.07.2010 concernant  Mme C où vous dites:”En pratique il est préférable d’arrêter la Metformine du fait de l’insuffisance cardiaque”

Il est effectivement noté dans la monographie de la Metformine :contre-indication en cas d’insuffisance cardiaque.

J’ai néanmoins fait quelques recherches par le moteur de recherche médical searchmedica et j’ai trouvé un article, que je vous joins, de Bibliomed1 concernant l’association Metformine et insuffisance cardiaque avec une revue de la littérature sur les risques réels de la Metformine.

La lecture attentive de cet article me permet, après discussion avec la patiente,  de prendre la décision de poursuivre le traitement par Metformine.

Veuillez recevoir, ma Chère Consoeur, mes salutations confraternelles. »

Bibliomed

Ce ne fut que 6 mois plus tard, suite à la deuxième consultation de Mme C. avec la diabétologue, que je recevais le double du courrier qu’elle adressait au cardiologue.

« Cher P…

Je revois en consultation Madame …. pour le suivi de son diabète de type 2. L’HbA1c est un peu remontée à 7,2 % sous METFORMINE seul. Comme j’indiquais dans mon dernier courrier, j’avais arrêté la METFORMINE du fait, dans le dossier, de l’existence d’une dyspnée à l’effort chez une patiente ayant, par ailleurs, une insuffisance cardiaque mais qui semble modérée. Son médecin traitant a réintroduit la METFORMINE du fait des arguments dans la littérature de la possibilité de maintenir cette classe médicamenteuse en cas d’insuffisance cardiaque modérée et parfaitement équilibrée, malgré le risque théorique d’acidose lactique.

Sur le plan du retentissement, la fonction rénale est dans les limites de la norme, clairance aux alentours de 90 ml/mn. Elle doit faire prochainement l’examen de son fond d’œil et je lui represcris le dosage de la micro-albuminurie que je n’avais pas la dernière fois.

En pratique, je maintiens la METFORMINE à la dose de 850 x 2/jour (en fait, la patiente n’en prend que 2 sur les 3 comprimés prescrits). »

Je n’avais pas attendu l’accord de la diabétologue pour maintenir la metformine.

Il m’a fallu beaucoup de temps pour apaiser les angoisses de Mme C., angoisses ravivées par un défaut de concertation entre les différents intervenants la prenant en charge.

Quelques arguments supplémentaire de la littérature :

•“Selon ces données, la prescription de metformine chez les diabétiques de type 2 a un effet protecteur cardiovasculaire plus important que ce qui était attendu de ses effets hypoglycémiants. Elle serait non seulement le traitement de premier choix dans le cas de diabète de type 2 “isolé”, mais aussi un atout supplémentaire en cas d’insuffisance cardiaque.”:(Médecine. Janvier 2008. Volume 4. Numéro 1)

•“En conclusion, les patients ayant une insuffisance cardiaque symptomatique ont bénéficié d’une réduction de mortalité en cas de traitement par metformine alors que les sulfamides semblent plus délétères en monothérapie dans cette indication.” (Alfediam,21/10/2005)

  1. BIBLIOMED []

3 Commentaires

  1. peronnet dit :

    Metformine et acidose lactique:
    « Dans cette synthèse de données disponibles(*) , l’auteur souligne la complexité de cet effet indésirable qui impacte encore la stratégie thérapeutique du diabète de type 2. »
    « Les études disponible depuis la mise sur le marché des biguanides en 1950 (méta-analyses, Cochrane, études phase 4…) ne sont pas en faveur d’un risque supplémentaire d’acidose lactique avec la metformine. »
    « Une mise à jour des contre-indications de la metformine serait en cours de discussion, en raison des bénéfices évidents de ce traitement, en particulier en termes de prévention des complications vasculaires du diabète. »
    Références: Médecine, volume 7,n°1,janvier 2011, page 20
    (*):Lalau JD,Lactic Acidosis Induced by Metformine,Drug Safety.2010;33(9):727-40.

  2. Merci pour cette info au sujet de la metformine.

  3. lucile dit :

    etonnant quand meme qu’en meme temps que je prends de la metmorphine, je declenche des extrasystoles que je ne faisais plus depuis des années. reste à savoir de quelles extrasystolles il s’agit…