Le « gut feeling » chez les médecins généralistes de terrain du Finistère: définition, modélisation et implications » (thèse E. CHIPEAUX, novembre 2011)

Accéder au texte intégral de la thèse

Gut feeling ? késako ?

Voilà une thèse passionnante sur un sujet qui ne l’est pas moins :

En médecine générale plus que dans toute autre spécialité, parfois, les décisions sont prises, non pas sur des scores cliniques, ni des tests de dépistages, ni sur des arbres décisionnels mais sur des « impressions ».

Loin des dérives scientistes de l’EBM, ici, c’est de l’intuition qu’il s’agit : ce qui se passe quand nous avons la sensation que « y’a quelque chose qui cloche » :

Qu’est-ce que c’est ?

Comment ça marche ? Quelle place dans notre pratique ? Peut-on développer voire enseigner l’intuition ?

Ne manquez pas de lire ce travail réalisé par Elisabeth Chipeaux jeune femme médecin généraliste exerçant dans le Finistère nord (donc pas très loin des Pays Bas, pays d’origine du concept)

Un des mérites « collatéraux » de cette thèse est d’utiliser des méthodes de recueil de données innovantes et bien adaptées à la recherche en médecine générale :

–          Les « focus group » : il s’agit d’un travail de recueil de données collectif en groupes (de patients, ou de médecins) qui échanges leurs expériences et leurs réflexions en interaction :

–          Et la méthode des « rondes de Delphi »: travail collectif par étape qui a pour but d’obtenir un consensus sur une question à l’aide d’un « dialogue » organisé sans réunion « physique » des experts sollicités : des propositions sont faites, les éléments d’accord ou de désaccord sont exprimés et les arguments partagés lors de « rondes »  successives jusqu’à ce que se dégage des réponses consensuelles.

Deux méthodes qui mettent à l’honneur les ressors insoupçonnés de l’intelligence collective.

 

L’essentiel du travail va préciser la définition de ce concept à partir du ressenti des médecins généralistes de terrain.

Il étudie également les différents processus  intellectuels qui conduisent à la décision médicale, la place de l’expérience et la notion d’expertise (et la notion de flexibilité cognitive qui libère des ressources attentionnelles).

Des pistes sont enfin proposées pour intégrer la notion de raisonnement non analytique à l’enseignement des internes.

 

Bref, le terrain est déblayé :

Les bases sont posées pour de nombreux autres travaux sur  les bases complexes de la décision médicale et ce qui en font, parfois, le charme et la magie.

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