Existe-t-il une surmortalité chez les femmes dépistées par mammographie? Méta-analyse sur la mortalité non liée au cancer du sein (thèse L.FAYOLLE, novembre 2011)

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Comme le souligne Laure FAYOLLE dans sa thèse, le médecin généraliste, acteur majeur de santé publique, se doit de donner une information claire à ses patients sur l’intérêt des différents dépistage et de respecter le principe de “primum non nocere”.

Son travail fait dans un premier temps un point très complet sur le cancer du sein et son dépistage par mammographie. Dans un second temps elle réalise une méta-analyse afin de savoir s’il existe une surmortalité en dehors du cancer du sein chez les femme dépistées.

 Pour mener à bien cette méta-analyse elle effectue une recherche bibliographique des essais cliniques contrôlés randomisés sur une population de femmes sans antécédent de cancer du sein, à partir de l’âge de 39 ans, essais comparant groupe de femmes bénéficiant d’un dépistage par mammographie systématique versus groupe contrôle ne bénéficiant pas de ce dépistage, sur une durée de suivi de 7 à 13 ans, et publiés jusqu’en novembre 2010.

 Cette recherche bibliographique l’a amené à retenir 13 études, puis par un travail d’une grande qualité scientifique, l’auteure fait l’analyse de la qualité méthodologique de ces études ainsi que de leurs résultats sur la mortalité globale, la mortalité par cancer du sein et quand cela est possible la mortalité par autre cause.

Trois études ne sont pas retenues:

  • Berglund
  • Singapour
  • Inde

 Une étude est de mauvaise qualité: Edimbourg.

Cinq études sont de qualité moyenne:

  • New York:il y a une différence significative sur la mortalité du cancer du sein à 8 ans de suivi. Cette différence n’est plus significative à 14 ans de suivi”.
  • Les 2 Comtés Suédois: Kopparberg et Ostergötland: “à 7 et 14 ans de suivi il y a une différence significative sur la mortalité du cancer du sein entre 2 groupes de 50 à 74 ans dans les 2 comtés”. Mais les biais sont nombreux:” pas de donnée concernant les exclusions à posteriori”, “la qualité de la randomisation n’est pas vérifiable”, “biais sur l’attribution des causes de décès: les causes de décès ont été déterminées de manière non aveugle. Sur une méta-analyse suédoise il existe une différence du nombre de décès entre les chiffres des publications et l’utilisation des données brutes dans le registre National Suédois des causes de décès. Les doutes n’ont pas été levés par les auteurs”.
  • Stockholm“à 7 ans de suivi il n’y a pas de différence significative sur la mortalité par cancer entre les 2 groupes.”
  • Malmö 2: ”il n’y a pas de différence significative sur la mortalité par cancer du sein à 9 ans de suivi”, “seuls les chiffres de la nouvelle cohorte sont pris en compte; Il n’y a pas de donnée concernant le suivi à 13 ans”.
  • Göteborg: “à 7 et 14 ans de suivi il n’y a pas de différence significative entre le groupe intervention et le groupe témoin”.

Quatre études sont de bonne qualité:

  • Malmö 1: “au bout de 9 et 13 ans de suivi il n’y a pas de différence significative sur la mortalité par cancer du sein entre les 2 groupes”.
  • UK Age Trial:”il n’y a pas de différence significative à 10 ans entre les 2 groupes concernant la mortalité par cancer du sein et la mortalité globale”.
  • NBSS 1: “il n’y a pas de différence significative sur la mortalité par cancer du sein à 8 et 13 ans entre les deux groupes”.
  • NBSS 2: “il n’y a pas de différence significative entre les 2 groupes à 8 et 13 ans de suivi”.

Elle nous présente ainsi un ensemble de résultats issus de plusieurs études classées en fonction de leur valeur méthodologique.Incidemment on constate que sur 10 études une seule a montré une baisse de la mortalité par cancer du sein due à un dépistage par mammographie. (Il s’agit de l’étude des 2 comtés suédois mais cette étude est de qualité méthodologique moyenne car comportant de nombreux biais méthodologiques notamment un doute sur les chiffres des décès).

Elle répond à la question posée « Concernant la mortalité non liée au cancer du sein, cette méta-analyse ne retrouve pas de différence significative entre les groupes de femmes dépistées par mammographie et celles non dépistées à 7 et 13 ans de suivi quelque soit la qualité méthodologique des études considérées et le sous groupe d’âge. Il ne semble pas y avoir de surmortalité apparente liée à d’autres causes secondaire au dépistage”.

Elle souligne « la complexité de l’évaluation de la balance bénéfice risque du dépistage ».

Et conclue sur la nécessité que « les femmes concernées doivent connaitre tous ces éléments pour faire un choix éclairé vis-à-vis du dépistage », ce que nous avons mis en évidence par ailleurs ici.

 


 

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