Procès américain du neurontin : Les dérives de l’industrie pharmaceutique ( Thése de Hélène GAILLARD DE SEMAINVILLE, janvier 2012)

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Alors qu’aux USA, le « procès du Neurontin® » a eu un grand retentissement, il est passé quasiment inaperçu en France.
Hélène GAILLARD DE SEMAINVILLE nous propose de revenir sur ce sujet qui démontre que le marketing est plus important que la recherche au détriment des intérêts de santé.


Dans une telle affaire, l’abondance de documents impose un tri sélectif.
L’auteure nous apporte des garanties sur sa méthodologie.
« La pertinence de notre travail nécessitait des références indépendantes.Pour les articles tirés de revues scientifiques, nous avons recherché l’absence d’influence d’une quelconque nature chez leurs auteurs, en nous rapportant aux déclarations de conflits d’intérêt.
Pour les sources « grand public », lorsque la partialité des auteurs pouvait être remise en cause (c’est notamment le cas du livre de Melody Petersen (7), réquisitoire contre l’industrie pharmaceutique), nous ne nous sommes appuyés que sur des faits documentés et sur les sources qui pouvaient être vérifiées. »

La commercialisation initiale étant décevante, le fabricant décide la mise en place d’une stratégie agressive.
« A cette époque, John Ford, cadre exécutif, exhorte ses commerciaux à promouvoir « Neurontin pour tout ».
(“That’s where we need to be, holding their hand and whispering in their ear, Neurontin for pain, Neurontin for monotherapy, Neurontin for bipolar, Neurontin for everything”, “C’est à leur côté que nous devons être, tenant leur main et leur murmurant à l’oreille, Neurontin pour la douleur, Neurontin pour la monothérapie, Neurontin pour les bipolaires, Neurontin pour tout »)

Tout est bon pour contourner les recommandations de la FDA,1 et induire des prescriptions massives hors AMM.
La fraude découverte et condamnée coûtera à Pfizer une amende de 430 millions de dollars.
Une amende record qui fait réfléchir. Si le citoyen s’interroge, l’industriel doit se réjouir quand nous apprenons que pour la seule année 2003, le médicament concerné a rapporté 2,7 milliards de dollars.

En 2008, une nouvelle action judiciaire est entreprise et aboutira à une condamnation en janvier 2011. Outre un dédommagement de 142 millions de dollars, ce sont surtout de nouveaux documents qui vont être rendus publics.
La présentation de ceux-ci, met bien en évidence la stratégie entreprise, en particulier en manipulant les informations, en réalisant de fausse études n’ayant d’autres objectifs que de favoriser l’habitude de prescription, le ghoswriting….2
Enfin, nous apprenons que la formation médicale continue fut un des éléments moteurs de cette stratégie.

Pour finir, ce qui apparaît clairement, est la volonté délibérée et programmée de mise en place d’une tromperie dans le seul objectif d’une augmentation des revenus.

En conclusion, Hélène GAILLARD DE SEMAINVILLE fait plusieurs propositions d’ordre réglementaire pour améliorer la surveillance des études, mais aussi (surtout ?) :
« Enfin il incombe à chaque médecin de se donner les moyens d’exercer en toute indépendance, d’une part en sélectionnant ses sources d’information, et d’autre part en vérifiant l’impartialité des formations auxquelles il assiste. »

  1. Administration états-uniennes de régulation des aliments et des médicaments []
  2. Technique consistant à faire signer par un « leader d’opinion », un article écrit directement par la firme. Voir ici, pour plus de détails []

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