Impact de la visite médicale sur la qualité des prescriptions de médecins généralistes bretons (Thèse E. FOISSET, mars 2012)

 Accéder au texte intégral de la thèse

« Moi, je reçois les labos mais je reste libre de mes prescriptions ! », voilà une phrase que nous avons tous entendu.

Voici une thèse qu’il conviendrait de faire lire à ces confrères qui pensent se soustraire à la règle commune… il y est établi qu’entre 10 et 19% des médecins seulement ne reçoivent pas les visiteurs médicaux et dans leur très grande majorité, ceux qui les reçoivent affirment n’être pas influencés … mais sont convaincus que leurs collègues le sont (!).

Dans cette thèse sont passés en revue les différents facteurs qui peuvent influencer la décision médicale, ceux liés au médecin  (Age, sexe, conditions d’exercice, environnement professionnel, lieu d’exercice, taille de la patientèle, durée de la consultation, mode de rémunération…), comme ceux liés au patient (Age, sexe, catégorie socio-professionnelle, couverture sociale, demande…).

Il est ensuite fait un inventaire des différentes sources d’informations que les médecins peuvent utiliser pour s’informer sur les nouveautés thérapeutiques et les recommandations. A cette occasion, nous découvrons ce paradoxe : les médecins qui ont recours massivement à la visite médicale la considèrent néanmoins comme la source la moins fiable de l’information !

Cette absence de « fiabilité » n’est pas le fait du hasard, elle est délibérément mise en œuvre par des entreprises qui consacrent un budget double pour le marketing que pour la recherche et le développement cumulés.

Les différents modes de fonctionnement de la visite médicale sont analysés, particulièrement les techniques de ciblage et de « profiling ». Pour assurer la « promotion » de leurs produits, les laboratoires disposent de différents outils. Un exemple transversal particulièrement édifiant est donné avec l’analyse de la stratégie commerciale qui a présidé au lancement sur le marché du neurontin®. Différents biais pervertissent l’information délivrée par la visite médicale quand il ne s’agit pas de tromperie pure et simple (cf étude VIGOR sur  Vioxx®).

Après tout, aux USA, les laboratoires ne recrutent-ils pas leurs visiteuses parmi les ex pom-pom girl !

Ce travail repose sur une étude transversale qui tente de préciser le rôle que joue la visite médicale dans l’information des médecins Bretons. Pour cela l’auteur étudie :

  • les coût des prescriptions pendant un an,
  • le rapport de prescription de sartans/IEC,
  • le nombre de médicaments différents par ordonnances,
  • la prescription de pioglitazone et de gliptines/ antidiabétique oraux,
  • et le rapport entre les prescriptions d’izilox® + tavanic® + ketec® sur l’ensemble des antibiotiques prescrits.

Les principales conclusions sont que plus les médecins reçoivent la visite médicale, plus le coût moyen de leurs prescriptions augmente, plus leurs patients sont polymédiqués et plus les médicaments soumis à l’étude (sartans, pioglitazone, gliptines, izilox, tavanic, ketec) sont largement prescrits.

Ces pratiques augmentent les dépenses de santé, et vraisemblablement le risque sanitaire (mais cette notion reste à évaluer)

La lecture conjointe de ce travail  et de celui de Louis-Adrien Delarue devrait être rendu obligatoire pour tout médecin qui désire s’installer …

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