Parano satirique, entre onirisme et prophétie

Extinction silencieuse des médecins généralistes libéraux

Interview où le politiquement incorrect n’est pas censuré.

Pourquoi les politiques ne veulent pas revaloriser le statut du médecin généraliste et ainsi le rendre plus attractif ?

Tout simplement parce qu’ils ne veulent pas qu’ils soient suffisamment nombreux et bénéficient de temps suffisant pour travailler de manière efficiente.

Pourquoi les politiques ne veulent pas que les généralistes soient en nombre suffisant pour prendre en charge de manière efficiente la population ?

Parce que si les médecins généralistes étaient honorés et suffisamment nombreux pour travailler convenablement, ils pourraient atteindre leur principal objectif qui est d’améliorer la morbi-mortalité de la population au meilleur coût pour la société.

Les politiques ne veulent pas améliorer la santé de la population ?

Je me pose la question. Si les pouvoirs publics investissent sur le médecin généraliste, cela leur coûte un peu d’argent sur la mise initiale, mais très peu par rapport à ce que cela rapporterait aux finances de la France.

Je m’explique, le médecin généraliste peut agir sur les facteurs suivants :

  • Les conseils de bonne hygiène alimentaire : incitation à avoir son propre potager, privilégier les AMAP (Association pour le Maintien de l’Agriculture Paysanne) afin d’éviter l’intoxication par l’alimentation industrialisée,
  • l’incitation à exercer une activité physique régulière,
  • le contrôle de la médication du patient : prescription uniquement si nécessaire avec des médicaments ayant prouvé leur bénéficie/risque ce qui permet une chasse au gaspillage,
  • la régulation d’accès aux soins de second recours, au système hospitalier, tout en évitant la captation de son patient (intérêt d’avoir un bon réseau de correspondants),
  • Effectuer un rétrocontrôle sur les décisions politiques non pertinentes en santé publique grâce à son expertise en soins primaires.

En agissant sur ces facteurs, le médecin généraliste a la capacité de réguler vers le bas les dépenses de soins. Bien entendu, il devrait le faire sans aucun moyen.

Paradoxalement, l’industrie pharmaceutique, l’industrie de l’agroalimentaire (malbouffe), l’industrie du tabac, l’industrie de l’informatique (Dossier Médical Personnel) tirent profit de la mauvaise santé de la population.

Sur quels arguments vous basez-vous pour affirmer cela ?

À votre avis, quels intérêts trouveraient toutes ces puissantes entreprises à avoir une population en bonne santé ?

Si les gens sont en bonne santé, c’est par exemple le système de l’industrie pharmaceutique qui s’effondre.

Si le gouvernement parvient à faire disparaître le fameux trou de la sécurité social, du coup le transfert sur les assurances privées n’aurait pas lieu.

De plus, l’état n’est plus obligé d’emprunter pour financer le fonctionnement du système de santé.

Par conséquent, il n’y a plus d’intérêts d’emprunts versés aux profits des banques privées…

Que va devenir notre système de santé ?

Le gouvernement prévoit de mettre quelques médecins généralistes dans une maison de santé, avec une main mise étatique qui dirige leur attitude professionnelle pour servir l’intérêt des puissants lobbies grâce à des outils spécifiques.

Quels outils ?

Le paiement à la performance imposé aux médecins libéraux incite par exemple à faire des mammographies, ce qui est plus bénéfique pour l’industrie du matériel médical (General Electric) que pour les femmes.

Ce dépistage du cancer du sein induit également du surdiagnostic qui engendre des soins et des traitements pour le plus grand bonheur de big pharma…

Les prescriptions sont orientées pour la prise en charge du diabète. Il est plus rapide pour toucher sa prime de prescrire des médicaments à la balance bénéfice risque douteuse pour améliorer le taux d’HBA1C plutôt que d’inciter à une hygiène de vie saine. Rappelez-moi qui profite de la vente de ces médicaments?

La vaccination grippale à grande échelle, etc.

L’incitation à la prescription de statines, qui ont parmi leurs nombreux effets secondaires d’induire des diabètes

Il semble que les directives sont légèrement orientées. Je trouve bizarre que le dosage du PSA ne figure pas dans les critères du paiement à la performance.

C’est vraiment terrible.

Non, ce que je vous ai exposé précédemment, c’est si la population n’accepte pas la disparition du médecin généraliste. Du coup, les politiques auraient proposé ce compromis pour éviter d’éventuelles contestations.

Ce qui est prévu, c’est que la santé ambulatoire soit gérée par les pharmaciens, les vétérinaires, le système hospitalier ambulatoire, le système Sophia, les centres de sécurité sociale probablement privatisés dans l’intervalle.

Ces structures, potentiellement influençables par le susurrement subliminal de l’industrie pharmaceutique, subtiliseraient l’ordonnancier du désormais éconduit médecin généraliste.

Ce fantasme technocratique propulse vers le haut les dépenses de santé, la consommation de médicaments, les mauvaises langues ajouteront la iatrogénie.

Je vous laisse fantasmer sur ce merveilleux système de soins inventé par nos têtes pensantes qui va bien entendu à contrecourant de ce qu’il conviendrait de faire.

Vous me surprenez !

Moi, ce qui me surprend, ce sont les médecins généralistes qui préfèrent disparaître. Confiants en leur efficience à prendre en charge la population, ils devraient plutôt se serrer les coudes afin de subsister.

C’est vraiment regrettable, une chaire de médecine générale, indépendante, capable de proposer une expertise de qualité, d’assurer un travail en réseau avec des correspondants sélectionnés pour leur efficience, pourrait corriger les dérives décisionnelles de nos politiques dans le domaine de la santé.

Nous allons devoir conclure ? Quels sont vos derniers mots ?

Le médecin généraliste qui ne veut pas nuire à son patient nuit aux intérêts des puissants. Il n’a donc plus aucune raison d’exister.

11 Commentaires

  1. « Interview où le politiquement incorrect n’est pas censuré » Tu ne dois pas être bien vieux, Jean-Baptiste, ou la langue de bois n’a pas été non plus censurée. Voyons deux essais de « politiquement incorrect » :

    Il existe deux façons de réfléchir sur sa profession : soit on réunit ses collègues, on se tape dans le dos, on se renforce mutuellement ses amertumes et son besoin d’agir, on rédige un pamphlet et on fait la révolution ou, plus démocratiquement, du lobbying. C’est la méthode classique, syndicale. Soit on demande leur avis à des gens qui connaissent bien votre profession, pour être en connexion fréquente avec elle. Par exemple si je veux une vision sincère de la rhumatologie, je ne souhaite pas réunir d’autres rhumatologues mais plutôt des kinés, des ostéopathes, des pharmaciens, des infirmières, des généralistes, des médecins de caisse : voilà qui améliorerait véritablement la connaissance de ma position dans le système de santé.
    *
    Sur les forums ne s’inscrivent en tournoi que des chevaliers blancs.
    Il existe, en médecine, des commerçants. Des praticiens qui se moquent profondément d’Hippocrate. Dont l’objectif principal est de payer leurs traites. Parfois, s’ils s’estiment avec emphase, ils en ont beaucoup. Ces médecins ne mettent que le minimum de valeur nécessaire à la consultation. Ils sont comme ces élèves capables de bons résultats, qui produisent toujours un 10 de moyenne. Quel intérêt à faire plus si ce n’est pas rémunéré davantage ? Ces médecins remplissent des pages de bordereaux d’accidents de travail, renouvellent les ordonnances sur les durées les plus courtes, accordent au patient tout ce qu’il convoite, ce qui le rend moins attentif à s’apercevoir que la consultation n’avait aucun réel contenu médical. Le cap des 90 actes par jour est parfois franchi. Ces médecins ne cherchent pas à user correctement du système de santé mais à le traire au maximum pendant qu’il est encore temps, car ils sont persuadés — imaginant que tous pratiquent comme eux — que l’âge d’or est condamné.
    Des exceptions ? Hum… d’où viendrait, alors, un tel immobilisme dans le corps libéral, et une réputation aussi exécrable du libéral dans les instances de contrôle ?
    Si j’en crois mon sondage personnel, deux confrères sur trois correspondent peu ou prou à la description.
    Nous n’en avons pas fini avec la guerre de tranchées, entre cette médecine terroristo-libérale et le S.W.A.T. sécuritaire social. Ceux qui ne souhaitent pas y participer n’ont plus qu’à rentrer dans leur trou. Voulez-vous l’adresse du mien ? Il reste un peu de place…

    1. Harriague Jean-Baptiste dit :

      Bonsoir Jean-Pierre Legros,

      Effectivement, je suis jeune médecin généraliste.
      Vous écrivez : « soit on réunit ses collègues, on se tape dans le dos, on se renforce mutuellement ses amertumes et son besoin d’agir, on rédige un pamphlet et on fait la révolution ou, plus démocratiquement, du lobbying. C’est la méthode classique, syndicale. »

      Il y a certainement une part de vérité dans votre interprétation, les derniers soupirs en quelque sorte avant de disparaitre.
      Seulement, l’objectif principal du texte est d’induire une prise de conscience / réflexion par la population, mais aussi des différents acteurs du milieu de la santé sur l’évolution possible du système de soins.

      Ensuite, vous évoquez comme autre possibilité de réflexion sur sa pratique :
      « Soit on demande leur avis à des gens qui connaissent bien votre profession, pour être en connexion fréquente avec elle. »
      J’ai déjà obtenu le vôtre et je vous en remercie.
      C’est pour cette raison que nous avons décidé de ne pas modérer les commentaires.
      Le blog Voix médicales est suivi par différents corps de métiers, des journalistes, des médecins, des paramédicaux, qui j’espère participeront à la discussion.
      J’ai essayé d’exprimer mes craintes concernant l’évolution possible du système de soins.
      Libre à chacun de participer à cette discussion dans laquelle je ne prétends pas détenir une quelconque vérité.

  2. docteurdu16 dit :

    Vous avez une vision bien optimiste sur le rôle actuel du médecin généraliste… C’est lui aussi qui prescrivait du mediator, c’est lui aussi qui se forme grâce à Big Pharma, c’est lui aussi qui prescrit des dosages de PSA, c’est lui aussi qui prescrit dans le diabètes des molécules non éprouvées.
    Je crois que la disparition de la médecine générale est un effet collatéral de la mauvaise image qu’ont les médecins généralistes de leur propre pratique (un mélange d’autosatisfaction irraisonnable et de culpabilité injustifiée), image qu’ils ont renvoyée brutalement à une classe administrative (je n’ai pas dit politique) qui vomit le libéral et tout ce qui n’est pas normalisé.
    La disparition de la médecine générale, c’est aussi, et au delà des critiques que l’on peut faire sur les médecins généralistes, la dévolution des tâches aux paramédicaux, c’est à dire la porte ouverte à toutes les dérives de Big Pharma et de ses tenants.
    Le mouvement de prise de conscience des médecins sur l’influence néfaste des liens et, a fortiori, des conflits d’intérêt, a été lancé et favorisé par les initiatives du formindep, par exemple, mais n’a pas encore atteint les paramédicaux, ou de façon très marginale. Ainsi, sans médecins généralistes, il sera possible de faire « prescrire » de la ritaline par les instituteurs, du gardasil par les conseillers d’éducation, des séances de kinésithérapie pour bronchiolites par les puéricultrices ou des séances de thérapie familiale par les secrétaires de mairie… Bien entendu avec l’accord des médecins scolaires, des médecins de PMI, des pédiatres, des infirmières ou des directeurs de centres de vaccination appointés par l’administration et soumis au devoir de réserve à partir des recommandations édités par les agences gouvernementales devenues visiteuses médicales officielles.
    C’est la porte ouverte à Big Pharma qui fera la formation des infirmières, qui éditera, après InfoVac, InfoPansements ou InfoBPCO à l’intention des paramédicaux.
    Mais ce que vous avez écrit est vrai ausi.
    C’était un autre angle de vue.
    Bien à vous.

  3. Harriague Jean-Baptiste dit :

    Bonsoir Docteur du 16,

    Merci d’avoir réagi à cet article.
    Je suis en accord avec votre commentaire.
    Vous faites bien de souligner le rôle du Formindep dans la prise de conscience des dangers des liens d’intérêts avec l’industrie pharmaceutique.
    Le principe fondamental des fondateurs du blog « voix médicales » est également l’indépendance vis à vis des firmes, mais aussi la conscience des diverses influences qui peuvent s’exercer sur nos décisions.
    Je ne peux qu’inciter le lecteur de passage à prendre connaissance de votre dernier post qui exprime de manière très claire mon ressenti:
    http://docteurdu16.blogspot.fr/2012/06/la-face-cachee-de-la-disparition-des.html

  4. Je ne fais aucune différence entre généraliste et spécialiste. Les médecins souffrent collectivement d’une famine de pouvoir. Cela mérite beaucoup plus qu’un commentaire. J’ai commencé à décrire le coeur du problème de la médecine contemporaire ici : Peut-on sauver le soldat généraliste ?
    Voici la suite : Les lambeaux du pouvoir
    puis une approche historique : Désolé, on ne prend plus les CB

  5. Harriague Jean-Baptiste dit :

    Dr Legros,

    J’avais lu avec intérêts vos post ce matin.
    J’envisageais de les lier sur cette page mais vous avez été plus rapide que moi.
    Je rejoins votre vision polycatégorielle indispensable au bon fonctionnement du système de santé.
    A ce sujet, vous ne manquerez pas de noter dans mon article que j’évoque la non captation de la patientèle par le médecin traitant que vous évoquiez ici:
    http://www.atoute.org/n/forum/showthread.php?t=151292

    Le corps médical est autant menacé par les lobbies que par lui-même.
    Je pense que sur ce point, nous sommes d’accord.

    Concernant le syndicalisme, votre analyse est intéressante et je rejoins en partie votre analyse:
    http://www.rhumatopratique.com/wp/rp/2003/10/28/pourquoi-le-syndicalisme-medical-actuel-ne-peut-faire-progresser-la-politique-de-sante/

    1. Tu es remonté loin dans les archives, Jean-Baptiste ! Je ne me souvenais même plus de ce dernier article… qui demanderait certainement des améliorations. Les seules imperfections que l’on ne peut corriger sont celles de sa biographie (certains payent quand même des historiens pour le faire, mais je n’ai pas les moyens 😉

      Ton article est très bien, je n’en aurais probablement pas écrit un aussi mûr à ton âge, et mon ironie sur le « politiquement incorrect » est celle de la persona » cynique déconstructeur d’illusions », qui oblige l’autre (et soi-même) à rebâtir des enchantements encore plus cohérents et solides, du moins quand il en a les moyens, et je suis sûr que tu les as.
      Le point le plus mordant de ton article est : « Paradoxalement, l’industrie pharmaceutique, l’industrie de l’agroalimentaire (malbouffe), l’industrie du tabac, l’industrie de l’informatique (DMP) tirent profit de la mauvaise santé de la population. » Ne faudrait-il pas dire « de l’inquiétude pour sa santé dans la population » ? L’industrie ne peut pas vendre un mauvais produit. Elle vend donc de réels progrès pour la santé, mais qui n’ont pas toujours une durée de vie très impressionnante, ou qui sont parfois infimes et tonifiés d’un marketing agressif. C’est étonnant comme les gens sont encore sensibles à la publicité. Le rôle du médecin n’est pas, sans doute, de les désillusionner et les laisser face à des maladies dépourvues de tout sens et une mort glaciale, mais de les aider à construire de meilleures illusions, qu’ils se seront choisies. Demandez le programme !

      1. Harriague Jean-Baptiste dit :

        Merci Dr Legros pour votre commentaire.

        Vous écrivez:
        « Le point le plus mordant de ton article est : « Paradoxalement, l’industrie pharmaceutique, l’industrie de l’agroalimentaire (malbouffe), l’industrie du tabac, l’industrie de l’informatique (DMP) tirent profit de la mauvaise santé de la population. » Ne faudrait-il pas dire « de l’inquiétude pour sa santé dans la population » ? »

        Il faudrait dire « ET de l’inquiétude pour sa santé dans la population ». C’est ce qui a fallu se passer lors de la campagne de vaccination H1N1.
        Le mélange des genres entre industrie et pouvoir me laisse à penser que je n’ai pas complètement tort quand j’écris que les industries tirent profit de la mauvaise santé de la population. Par exemple.
        L’industrie agro-alimentaire va bientôt avoir son moment de gloire.
        Je ne suis pas d’accord avec vous quand vous écrivez:
         » L’industrie ne peut pas vendre un mauvais produit. »
        Je vous rappelle simplement l’affaire médiator, les anticholinestérasiques, le gardasil

        Vous dîtes:
        « C’est étonnant comme les gens sont encore sensibles à la publicité. »
        Je suis d’accord, malheureusement certains médecins le sont aussi.

        Ma DPLI est ici

  6. Nathalie Péronnet Salaün dit :

    « L’industrie ne peut pas vendre un mauvais produit. Elle vend donc de réels progrès pour la santé » Le Médiator° ne serait donc qu’une exception?

    1. Il faut le souhaiter…

      Le problème ne vient pas tant de la commercialisation de quasi-placebos — combien sont toujours vendus pour la perte de poids… — mais que certains aient la malchance d’avoir des effets secondaires graves.
      Un traitement se juge uniquement sur son rapport bénéfice/risque.
      Un placebo se montre assez performant de ce point de vue puisque le risque est normalement voisin de zéro et bon nombre de patients vont s’auto-améliorer.
      Le Médiator n’aurait pas eu de critique s’il avait sauvé des cancéreux en phase terminale. C’est surtout la médiocrité de l’indication qui l’a fait guillotiner, et c’est sans doute sur ce critère que les prescripteurs doivent être attentifs, car des effets secondaires qui passent à l’as, il en existera toujours…

      J’espère, Nathalie, si j’amalgame ton commentaire et l’article de Jean-Baptiste, que tu ne penses pas Servier responsable d’avoir commercialisé le Médiator pour faire vendre des échographes cardiaques (tiens il faudrait vérifier s’il n’a pas des actions…)

  7. OL dit :

    docteurdu16 a dit :
    « Je crois que la disparition de la médecine générale est un effet collatéral de la mauvaise image qu’ont les médecins généralistes de leur propre pratique (un mélange d’autosatisfaction irraisonnable et de culpabilité injustifiée), image qu’ils ont renvoyée brutalement à une classe administrative (je n’ai pas dit politique) qui vomit le libéral et tout ce qui n’est pas normalisé. »
    C’est tellement vrai. Mais hélas, cette administration (qui nous gouverne) ne vomit pas seulement la médecine libérale mais toute entreprise libérale : quelle soit un commerce, une petite industrie, un artisan comme un un indépendant…