Aspirine en prévention primaire : une indication au cas par cas.

Effets vasculaires et non vasculaires de l’aspirine.
Méta-analyse d’essais contrôlés randomisés.

Résumé en français de l’article de Sreenivasa Rao Kondapally Seshasai, MD, MPhil; Shanelle Wijesuriya, MA, MBBChir; Rupa Sivakumaran, MA, MBBChir; Sarah Nethercott, MA, MBBChir; Sebhat Erqou, MD, PhD; Naveed Sattar, MD, PhD; Kausik K. Ray, MD. Arch Intern Med. 2012;172(3):209-216. Published online January 9, 2012.doi:10.1001/archinternmed.2011.628.

«Le rapport bénéfice/risque de l’aspirine en prévention des événements cardio-vasculaires et non vasculaires reste incertain. Il est nécessaire d’évaluer l’impact (et la sécurité) de l’aspirine sur les événements vasculaires et non vasculaires en prévention primaire. En effet les méta-analyses ont montré,  à ce jour, un bénéfice modeste de l’aspirine dans la prévention primaire des pathologies cardio-vasculaires, la question qui se pose étant de savoir dans quelle mesure ce bénéfice est contre balancé par des épisodes hémorragiques.
Des études récentes de prévention primaire et secondaire suggèrent aussi une réduction significative de la baisse de mortalité par cancer pour les personnes recevant une prophylaxie par aspirine. Il est donc nécessaire de savoir si une utilisation plus répandue de cette thérapeutique doit être préconisée.
De plus les guides thérapeutiques actuels préconisant l’aspirine en prévention primaire des risques cardio-vasculaires sont basés sur des études publiées avant 2005, alors que depuis, au moins trois autres études ont été publiées.

Le but de cette méta-analyse est de fournir une synthèse actualisée des effets de l’aspirine en prévention primaire, en incluant les résultats des sous-études sur des pathologies non-vasculaires, particulièrement les cancers, afin de déterminer le rapport bénéfice/risque d’un traitement par aspirine.

Pour cette méta-analyse, les recherches ont été effectuées sur les bases de données électroniques PubMed et celles de la librairie Cochrane, depuis leur création jusqu’en juin 2011, en utilisant les mots clés: aspirine, pathologie coronarienne (CHD), pathologie cardio-vasculaire, cancer, évènements non vasculaires, mortalité toute cause, essais cliniques, prévention primaire, et ce sans restriction de langue. En complément, des recherches manuelles d’études et de données non publiées ont été effectuées.

Les critères prédéfinis d’inclusion sont les études randomisées contre placebo incluant au moins 1000 participants n’ayant pas de pathologie cardio-vasculaire ou d’infarctus, en étude de prévention primaire, avec au moins un an de suivi, et rapportant les évènements coronariens, les pathologies cérébro-vasculaire et cardio-vasculaire, l’insuffisance cardiaque ainsi que les pathologies artérielles périphériques et les évènements hémorragiques. Les données sur les cancers et autres événements non vasculaires n’étant généralement pas disponibles dans les résultats des essais principaux, des informations complémentaires ont été obtenues à partir de publications secondaires, de méta-analyses ou auprès des auteurs des publications originales.

Trois auteurs indépendants ont extrait les données et ont sélectionné neuf études de bonne qualité.

Dans ces études la population étudiée présente les caractéristiques suivantes:

  • un âge moyen de 57 ans, dont 46 % d’hommes,
  • habitant en majorité dans les pays occidentaux, 
  • présentant le plus souvent un risque cardio-vasculaire accru, 
  • 65% sont des professionnels de santé,
  • ayant un diabète dans deux études.

Durant une moyenne de suivie de 6 ans impliquant plus de 100 000 participants, le traitement par aspirine a réduit les événements cardio-vasculaire de 10%, principalement par réduction des infarctus non mortels. Il n’y a pas eu de réduction de la mortalité cardio-vasculaire, ni par cancer et il y a eu une augmentation significative des risques hémorragiques. Les résultats ne différent pas suivant le sexe et sont identiques en excluant tour à tour les différents types de population incluse.

En conclusion : les bénéfices d’un traitement par aspirine en prévention primaire sur les infarctus non mortels et les évènements cardio-vasculaires sont plutôt modestes, les effets sur la mortalité par cancer ne sont pas significatives. Ces bénéfices d’un traitement par aspirine étant accompagnés d’une augmentation significative des risques hémorragiques, il est nécessaire d’effectuer des études complémentaires afin d’identifier les sous groupes de participants présentant une balance bénéfice/risque favorable à un traitement en prévention primaire par aspirine, et plus particulièrement des études incluant des participants à haut risque. En l’absence de telles informations une réévaluation des lignes directives actuelles apparait justifiée, particulièrement dans les pays où un grand nombre d’adultes en bonne santé sont traités par aspirine avec le risque qu’une proportion importante de ces personnes développe des complications hémorragiques. La décision d’un tel traitement doit être pris au cas par cas.»

Commentaires fermés.