Médecin déboussolé dans un système de santé à la dérive. Cherche GPS pour un exercice serein de la médecine générale

Valeurs essentielles au bon fonctionnement du système de soins

Il est indispensable de poursuivre le rétrocontrôle permanent des recommandations de bonnes pratiques potentiellement perverties par les influences. C’est le travail engagé par des mouvements indépendants tels que Voix médicales, Prescrire, le Formindep et tant d’autres. L’intérêt des patients étant l’enjeu prioritaire, un soutien moral de ces démarches par les décideurs politiques serait bienvenu.

Il convient de remplacer les raisonnements individualistes par une réflexion collective. Remettre au goût du jour la notion de fraternité apparaît essentiel.

Le numéro d’août de la revue Prescrire rejoint cette optique de travail collaboratif entre les différents acteurs du système de santé.

L’information des citoyens des réalités de ce qui se décide et de quelles manières sont prises ces décisions en hauts lieux est indispensable. Ainsi, la société civile pourrait exprimer son opinion et interagir sur les décisions qui lui paraissent inadaptées.

Tous les acteurs du système de santé (décideurs, payeurs, médecins, paramédicaux, patients citoyens, économistes de la santé…) devraient s’entendre sur une vision commune du système de santé. Objectiver ensemble de fonctionner de manière collaborative (exit les différents corporatismes) afin d’offrir à la population le système de santé le plus efficient possible.

Ensuite, décideurs et payeurs pourraient s’inspirer du leadership libérateur et l’appliquer aux différents acteurs du système de santé. Cette proposition ne remet pas en cause les bonnes volontés de certains dirigeants, mais suggère simplement une approche complémentaire qui ne demande qu’à être discutée.

Citons par exemple quelques idées issues de ce livre et transposons-les au management des acteurs de la santé par décideurs et payeurs.

Les dirigeants pourraient, si ce n’est pas déjà le cas, considérer les acteurs du système de soins comme égaux à eux. Cette attitude, atténuant les rapports de dominance, autoriserait des relations plus égalitaires et respectueuses.

En écoutant les acteurs de terrain, en tenant compte de leurs remarques, critiques et propositions, les décideurs ainsi inspirés proposeraient des actions de santé publique plus adaptées à l’exercice de terrain.

Qui connaît le mieux le travail de terrain pour y être confronté tous les jours ? Les décideurs ou les acteurs du système de santé ?

En faisant confiance à l’expertise de ces professionnels, les décideurs favoriseraient leur implication et la bonne réalisation des actions bénéfiques aux patients citoyens. L’ engagement personnel des professionnels de santé dans leur emploi serait ainsi stimulé.

Il m’apparaît important que les décideurs sollicitent les acteurs de terrain afin de connaître leurs besoins pour travailler correctement et dans la mesure du possible leur donner ces moyens.

Prenons l’exemple de l’espace professionnel proposé aux praticiens par la sécurité sociale. Il a été conçu pour les praticiens et non avec eux. Cela fait une grande différence sur l’adoption de l’outil par les intéressés. Les concepteurs de l’interface peuvent trouver ici de nombreuses suggestions d’amélioration. La pertinence des propositions sur « imed » vient tout simplement du fait qu’elles soient suggérées par un médecin utilisateur de l’interface.

Je peux multiplier ces exemples en citant par exemple le logiciel métier (les plus adaptés à l’utilisation pendant la consultation sont ceux réalisés par les praticiens), le dossier médical partagé qui ne remporte pas une adhésion massive de ses utilisateurs. Je vous laisse deviner pourquoi.

Les dirigeants, que je préférerais qualifier de partenaires ou associés, devraient veiller à favoriser l’automotivation des acteurs du système de soins en leur offrant un climat de travail favorable. Quand on traite les gens avec considération, qu’on leur accorde le soutien nécessaire à leur développement et à leur autodirection, ils se motivent eux-mêmes et prennent des initiatives, lesquelles entraînent à leur tour une amélioration de leurs résultats et un accroissement de leur bien-être personnel.

Les partenaires doivent croire en la responsabilisation individuelle et collective de chacun en n’optant qu’exceptionnellement pour la sanction d’un acteur déviant. Un individu qui sait qu’on lui fait entièrement confiance fait preuve d’autodiscipline et agit de son mieux pour ne pas décevoir et perdre cette confiance.

Les décideurs et financeurs devraient accepter le rétrocontrôle par les acteurs de terrain et vice versa pour éviter de dévier de la vision commune définie en préalable.

Dans l’idéal, tous devraient s’imposer une indépendance, refuser toute corruption, être sans cesse transparents et privilégier l’intérêt collectif à l’intérêt individuel.

Nous gagnerions certainement tous à opter pour un partenariat horizontal, équilibré et égalitaire entre acteurs et partenaires du système de santé plutôt que pour des rapports dominants-dominés. Entre hiérarchie et anarchie, il existe l’hétérarchie. Ce terme est très bien appréhendé dans « la revanche du rameur ».

Toutefois, il est indispensable de s’entendre sur des gardes fous ou glissières de sécurité pour limiter le risque de retomber dans l’ancien mode managérial dominant. Prendre conscience de la propension instinctive et ancestrale de l’homme à intégrer systématiquement des rapports de dominance dans ses rapports sociaux est peut-être un des meilleurs moyens de l’éviter.

J’en termine sur ce patchwork de valeurs qui m’apparaissent fondamentales pour envisager un exercice quotidien plus sain dans un système de santé plus équilibré. Ces valeurs sont-elles communément admises? Les personnalités dominantes accepteront-elles de se mettre au même niveau que les dominés ou réagiront-elles épidermiquement par crainte de perdre leur statut privilégié?

Ces réflexions pourraient s’intégrer dans une réflexion démocratique autour d’un système de soins qu’il est possible d’assainir.

Introduction
Des freins à un exercice au service de la santé

Valeurs essentielles au bon fonctionnement du système de soins
Quelques propositions concrètes
Conclusion

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Un commentaire

  1. M.L. dit :

    Tout a fait de ton avis, les relations des médecins entre eux et surtout avec leur environnement hospitalier mériteraient d’être améliorées.
    Récemment, j’en ai écrit un article sur mon blog, vas voir ce que tu en penses.
    http://www.cris-et-chuchotements.net/article-le-generaliste-et-son-etrange-r-voisinage-hospitalier-108398029.html