Conférence-débat de Peter Gotzsche

Alors qu’ Octobre Rose bat son plein le 4 octobre 2012 La Revue Prescrire a invité Peter Gotzsche, expert de renommée mondiale sur le dépistage du cancer du sein, à s’exprimer au cours d’une conférence-débat organisée dans le cadre de la remise des Prix Prescrire.

Le titre de cette conférence est «Trop dépister les cancers nuit-il à la santé ? L’exemple des cancers du sein».

En introduction le scientifique rappel que «le véritable effet du dépistage n’est pas connu avec certitude».

Puis :

•Il analyse les essais existants et notamment le paradoxe que «lorsque le dépistage est totalement inefficace, c’est-à-dire qu’il n’y a pas de réduction de l’incidence des cancers avancés,…il y a quand même une réduction de 16% de la mortalité par cancer du sein. Ce qui est impossible… Ceci prouve, qu’en moyenne, les essais sur le dépistage sont largement biaisés».

•Il analyse le cas du Danemark, «pays tout à fait unique pour l’étude de l’effet du dépistage, étant donné que nous possédons un groupe témoin non dépisté». Les chiffres montrent qu’il y a une «diminution voisine de la mortalité par cancer du sein, avec ou sans dépistage».

•Il rapporte le résultat des travaux de Philippe Autier et collègues de l’International Prevention Research Institute à Lyon. Ceux-ci :

  • «ont étudié des pays voisins qui ont introduit le dépistage à 10 ou 15 ans d’intervalle, et ces résultats sont également très révélateurs»… «On constate que la baisse de la mortalité par cancer du sein n’a aucun lien avec la date d’introduction du dépistage».
  • «ont réalisés une autre étude importante dans laquelle ils ont utilisé des données provenant d’Australie, d’Italie, de Norvège, de Suisse, des Pays-Bas, du Royaume-Uni et des Etats Unis. Ils ont montré que le taux de cancers avancés, c’est-à-dire ceux avec des tumeurs supérieurs à 20 mm, n’étaient pas réduit par le dépistage»… «Même les plus grands défenseurs du dépistage reconnaissent que s’il n’y a pas de baisse du nombre de cancers avancé, le dépistage ne peut avoir d’effet sur la mortalité par cancer du sein».

•Il montre «l’effet nocif le plus grave» du dépistage : le surdiagnostic, c’est-à-dire « la détection de cancers qui n’auraient pas été symptomatiques avant la fin de la vie des personnes». L’autre effet nocif étant que le «dépistage entraine davantage de mastectomies en raison du surdiagnostic».

•Il étudie les documents et les informations délivrées aux femmes «La publicité que vous entendez en faveur du dépistage du cancer du sein est fausse» et les brochures ne délivrent pas toute l’information existant sur le dépistage par exemple: les «brochures européennes, y compris la brochure française, montrent qu’elles ne mentionnent pas le surdiagnostic»… «les brochures tentent d’influencer directement les femmes par des phrases suggestives afin de les pousser à se faire dépister». Ainsi «les femmes ont des perceptions très variées du dépistage»

•Il montre pourtant qu’ «une information équilibrée des femmes est possible». «Nous avons publié notre brochure en français sur notre site web et nous l’avons mise à jour ; elle est actuellement disponible en 13 langues»

En conclusion Peter Gotzsche tient à attirer l’attention des auditeurs «sur les similitudes entre le dépistage du cancer de la prostate et celui du cancer du sein. Ces deux dépistages possèdent un faible effet sur la mortalité spécifique par cancer, si ce n’est aucun, et il existe un surdiagnostic considérable nuisant à de nombreuses femmes et à de nombreux hommes bien portants. Pour ces deux raisons, nous ne réalisons pas de dépistage du cancer de la prostate. Pouvez-vous me dire pourquoi tant de personnes défendent le dépistage du cancer du sein?»

Une conférence-débat à consommer sans modération :

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PrixPrescrire2012_DiaporamaGotzsche

Un commentaire

  1. Nathalie Péronnet Salaün dit :

    La Revue Prescrire a mis en ligne les vidéos de la conférence de Peter Gotzsche : http://www.prescrire.org/fr/3/31/48181/0/NewsDetails.aspx