Dosages intempestifs de la vitamine D : stop!

Dans les années 2000  apparaissait une nouvelle maladie : la carence en vitamine D.

ampoule1Personnellement je la traitais comme un mirage, avec l’indifférence due à tout « disease mongering ».

Mais peu à peu, devant les demandes des patients, les prescriptions des confrères, le doute s’installait : et si c’était une vraie maladie ? Doute renforcé par des écrits comme ceux ci : « cette étude menée sur un échantillon national et sur l’ensemble de l’année montre que le risque d’insuffisance en vitamine D est fréquent, surtout en fin d’hiver et au début du printemps. Si le risque modéré ne s’accompagne généralement pas de signes cliniques d’ostéomalacie, il pourrait cependant constituer un facteur de risque d’anomalies osseuses, d’ostéoporose et de certaines maladies chroniques comme les cancers, les maladies cardio-vasculaires et dysimmunitaire »,1 « La vitamine D aurait également d’autres effets : prévention dans le développement de certaines maladies infectieuses, de certaines maladies auto-immunes ou à composantes auto-immune (sclérose en plaques, diabète de type 1, polyarthrite rhumatoïde et lupus), syndrome métabolique chez l’enfant et chez l’adulte, diabète de type 2, éventuel rôle dans la différentiation cellulaire en relation avec l’apparition de certains cancers ».2 .

En 2013 paraissait une succession d’articles dont voici des extraits :

« Cette étude montre la variabilité des dosages de le 25-hydroxyvitamine D selon le test utilisé et même en cas d’utilisation du même test. En l’absence d’un test de référence et de normes de 25-hydroxyvitamine D universellement admises, sans preuve également de l’utilité d’un traitement basé sur les résultats de cette mesure, il n’est pas possible d’établir des recommandations concernant un dépistage d’une déficience en vitamine D. L’administration de suppléments de vitamine D n’est prouvée utile que chez les femmes (forts) âgées institutionnalisées pour la prévention des fractures et (preuves plus faibles) pour la prévention des chutes chez les personnes ≥ 65 ans à risque augmenté de chutes. » Dosage de la vitamine D : résultats variables selon le test utilisé. Minerva Online 2013-01-28.Texte sous la responsabilité de la rédaction francophone.

« L’intense couverture médiatique – presse médicale et grand publique – autour de la vitamine D a provoqué ces dernière années une demande (et prescription ) massive de dosages sériques. Aux normes actuelles ; des éditorialistes anglais, remarquent que tous les adultes consultants hivernaux d’un cabinet de médecine générale sont en insuffisance ou carence… À quoi servent donc ces examens ? »… « L’efficacité d’une supplémentation en vitamine D est prouvée dans le traitement du rachitisme et de l’ostéomalacie. Il existe quelques autres indications dans la population âgée. »… « Le large usage des dosages sériques chez des patients asymptomatiques est inutile, comme bon nombre de supplémentations injustifiées ».Pourquoi ces ombreux dosages de vitaminémie D ? Ils sont coûteux, riquent d’induire confusion et erreur, et ne sont pas crédibles. Jean Pierre Vallée. Pierre Gallois, Yves Le Noc. Médecine/mai 2013.

« En pratique, il n’est pas démontré que mesurer la concentration sanguine en vitamine D, dans la population génrale ou de manière ciblée, améliore la santé de ces personnes ». La revue Prescrire Juin 2013/Tome 33 N°356. 

 Et en octobre 2013 la HAS, suite à la saisine de la CNAMTS lui demandant son avis sur le bon usage du dosage de la vitamine D, ce dosage ayant était multiplié par 10 depuis 2005, rendait l’avis suivant :

« Le traitement par vitamine D est nécessaire dans certaines situations cliniques, pour autant dans la plupart des cas, doser cette vitamine dans le sang n’apporte pas de renseignements utiles pour les professionnels de santé. On assiste toutefois à une augmentation du nombre de dosages sanguins de la vitamine D. »… « La HAS recommande de réserver le dosage sanguin de vitamine D au diagnostic de rachitisme et d’ostéomalacie, aux mentions des autorisations de mise sur le marché des médicaments de l’ostéoporose et à certaines situations particulières : personnes âgées faisant des chutes répétées, suivi ambulatoire de l’adulte transplanté rénal au-delà de 3 mois après transplantation, traitement chirurgical de l’obésité de l’adulte ».La HAS ne reconnaît pas d’utilité au dosage de vitamine D* en routine. 30 Octobre 2013.

C’est donc en toute sérénité que je dis : dosages intempestifs de vitamine D, stop !

 stop

 

Sources alimentaires de vitamine D. anses.

 

  1. BEH 16-17/ 24 avril 2012 []
  2. Bull.Acad.Natl Méd., 2012,196, nos 4-5, 1011-1015, séance du 15 mai 2012 []

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