Comparaison de l’état de santé d’un groupe de demandeurs d’asile avant et après l’obtention du statut de réfugié (Thèse de Julien CALMON le 29 septembre 2014)

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Il est des bénéficiaires du système de santé dont on ne parle pas ou peu.
Oubliés du monde, ils le sont également des statistiques.
Julien Calmon apporte un éclairage sur la santé des demandeurs d’asile.
En ce sens , il répond à une préoccupation de santé publique mais aussi de réflexion sur la citoyenneté et ses droits.

Comme le rappelle l’auteur, le demandeur d’asile est “une personne qui est contrainte à l’exil parce que sa vie ou sa liberté sont menacées à l’endroit où elle vit.
Il nous est rappelé le statut précaire du demandeur pendant la procédure, mais également une fois obtenu le statut de réfugié.
Parmi ces difficultés, le recours au système de santé n’est pas le moindre.
Bien que pris en charge par la Couverture Maladie Universelle Complémentaire (CMU-C), la méconnaissance de la langue et des systèmes administratifs est un frein à la prise en charge sanitaire.
L’obtention du statut de réfugié a-t-il une incidence sur l’état de santé de ces populations ?
C’est ce que propose d’analyser ce travail.

 

La recherche bibliographique nous apprend qu’il n’existe pas d’étude sur ce sujet spécifique.
Afin d’éviter de nombreux biais potentiels, Julien Calmon nous explique que « …nous avons opté pour une étude épidémiologique historique de type cas-témoin où chaque réfugié est son propre témoin. Pour chaque réfugié, l’étude compare deux périodes de temps identiques séparées par l’obtention du statut de réfugié. »
Cette méthodologie est bien détaillée et argumentée par l’auteur, qui attache beaucoup d’importance à expliquer les choix réalisés, afin d’obtenir des réponses fiables.
Une étude complémentaire est mise en place dont “L’objectif est de comparer l’état de santé des réfugiés statutaires avec un groupe contrôle représentatif de la population non immigrée suivie dans le même cabinet médical.”

Ce travail va porter sur la période allant de janvier 2003, à décembre 2011.
Par souci d’éthique, un gros travail d’anonymisation est entrepris, une déclaration est faite auprès de la CNIL et les patients sont informés de leur droit d’opposition par un affichage dans la salle d’attente.
L’analyse précise des différents groupes et sous-groupes est très intéressante.
Mais ce qui ressort essentiellement de la comparaison avant et après l’obtention du statut de réfugié, est la diminution nette du recours aux consultations pour “troubles mentaux et du comportement”.
De même dans les prescriptions médicamenteuses, s’il existe une diminution globale, ce sont les psychotropes qui sont le plus touchés par cette diminution.
La comparaison avec le groupe non immigré montre une différence significative, tant pour le nombre de consultations que pour les prescriptions médicamenteuses avec le groupe en attente du statut de réfugié, qui consomme plus.
Cette différence disparaissant après l’obtention du statut.
Avant l’obtention du statut de réfugié, les motifs de consultation les plus fréquents sont liés aux troubles mentaux et du comportement, puis viennent les maladies du système ostéoarticulaire et des muscles.
Après l’obtention du statut, les maladies du système ostéoarticulaire et des muscles deviennent prépondérantes, alors que “les troubles mentaux et du comportement ne représentent plus que la quatrième famille diagnostique”.
Ce sont les antalgiques qui sont le plus prescrits, tant avant qu’après l’obtention du statut de réfugié.

L’auteur nous propose une série d’hypothèses pour expliquer ces modifications avant/après.
Plus exactement il tord le cou à de nombreuses croyances fausses, en particulier celle du faux malade pour obtenir le statut.
En effet, l’état de santé d’un demandeur d’asile n’entre pas dans les critères d’obtention du statut.
Par contre il note que l’attente du statut pourrait être un élément pathogène, disparaissant une fois le statut obtenu.

Il propose enfin d’autres études complémentaires pour affiner la réflexion, en particulier, l’analyse de l’évolution de la santé de ceux restés en France et n’ayant pas obtenu le statut de réfugié.

Avec ce travail, Julien Calmon nous rappelle que la médecine générale n’est pas qu’affaire d’EBM, mais aussi prise en charge de situations humaines parfois dramatiques, et met en évidence le rôle que chacun peut y tenir.

 

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