L’altérité de l’assistante maternelle d’origine maghrébine : de la transmission des traditions culturelles à l’initiation par la formation professionnelle(Diplôme Inter Universitaire de psychiatrie et compétences transculturelles de Sabine CASCARRE septembre 2014)

Accéder au texte intégral de la thèse

Dans le cadre de la Protection Maternelle et Infantile, un des rôles des infirmières puéricultrices consiste à délivrer un agrément aux assistantes maternelles.
Certaines d’entre elles sont nées en France de parents migrants, d’autres sont nées à l’étranger et ont rejoint la France.
Comment prendre en compte leur vécu, leurs connaissances particulières ?
Pour la femme d’origine étrangère, être mère et avoir acquis par une formation des connaissances en puériculture suffit-il à répondre à la prise en charge et à l’épanouissement de l’enfant confié dans le cadre de l’agrément ?”
C’est à cette question que Sabine Cascarre nous invite à réfléchir.

L’auteure est infirmière en PMI à Cergy.
Elle plante le décor, nous présente les personnages et nous invite à la suivre dans sa “mise en scène”.
Après un rappel historique de l’évolution des nourrices, du 18° siècle, à la profession d’assistante maternelle, Sabine Cascarre nous expose son ressenti sur une forte présence d’assistantes maternelles d’origine maghrébine.
L’analyse des chiffres confirme son sentiment avec 66% d’assistantes maternelles originaire du Maghreb, de nationalité française ou non.

Vient ensuite l’interrogation qui sous tend son travail de recherche.
La question qui me taraude lors de mes rencontres avec ces femmes est quelle est la place de leur culture dans l’accueil de l’enfant ?”

Pour y répondre, elle se propose d’interroger ces femmes “sur ce qu’il leur a été transmis des soins traditionnels de maternage dans leur pays d’origine pour les confronter aux connaissances apportées par la formation dans le cadre de leur agrément.”

C’est autour de deux questions que se construisent ces entretiens :

  • l’histoire de leur voyage migratoire ou de celui de leurs parents
  • leurs connaissances des soins de maternage traditionnels dans leur pays d’origine

Si vous cherchez de beaux tableaux statistiques, vous ne les trouverez pas.
A leur place, des mots.
Des mots qui nous invitent au voyage.
Le voyage des ces femmes ou de leurs parents pour venir de leur pays d’origine en France.
Des mots qui racontent une autre manière d’accueillir un enfant et d’entourer la mère.
Des mots pour entendre, des mots pour voir.

A moins de reproduire l’intégralité du texte, il est difficile de résumer ces pratiques.

Quelques exemples toutefois :

  • massage de l’enfant à l’huile d’olive tiédie
  • premier bain au 7° jour

Qu’elles soient nées en France (issues de l’immigration) ou nées à l’étranger (migrantes), toutes ont une bonne connaissance des soins de maternage de leur pays d’origine.

Schématiquement, il est possible de dire qu’à la naissance de leurs enfants, les assistantes maternelles migrantes ont associé traditions et pratiques françaises, alors que celles issues de l’immigration se sont plutôt tournées vers les pratiques occidentales.

Dans leur pratique professionnelle, certaines d’entre elles parmi les migrantes, utilisent des pratiques traditionnelles (massage, tisane) avec l’accord des parents.
Cela ne semble pas se retrouver chez les femmes nées en France.

Pour les migrantes, le statut d’assistante maternelle est une reconnaissance : elles sont mères « au dedans » et assistantes maternelles « au dehors ».
Cela n’a pas la même valeur pour les femmes nées en France et qui vivent cela comme un parcours professionnel.

Sabine Cascarre nous explique le pourquoi de ce travail de recherche :
Mes préjugés, mes représentations de la femme maghrébine ont été bousculé, il fallait que je comprenne mais comment faire ?”

Dans sa conclusion, l’auteure remarque que pour ces femmes, “Ces traditions leur ont toutes semblé anciennes et dépassées mais certaines ont évoqué un regret de ces temps passés où tout paraissait sain et tranquille.”

Si leur formation professionnelle apporte un savoir, le statut d’assistante maternelle leur confère une place sociale qu’elles ne possédaient pas auparavant.

Pour la professionnelle qui est face à la décision d’agrément “Prendre en compte leur singularité dans l’universel n’est pas une attitude discriminatoire mais plutôt une reconnaissance de leurs représentations culturelles du pays d’origine et des points d’ancrage dans leur filiation et affiliations.”

C’est une leçon d’humanisme et d’ouverture que nous offre Sabine Cascarre.

Commentaires fermés.