Entretien avec François Pesty : précisions sur l’article « Statine en prévention ? Réalités ou marketing ? »

Un article et des questions

Voix Médicales :
François, nous te remercions d’avoir bien voulu écrire cet article de fond sur l’utilisation des statines en prévention primaire.
Plusieurs points nous semblent devoir obtenir des compléments d’information.

Pourrais-tu nous en dire un peu plus sur les notions de risque absolu et risque relatif ?

François Pesty :
Le mieux est d’illustrer par un exemple chiffré. Il s’agit de l’étude HPS menée avec la simvastatine chez des diabétiques à haut risque cardiovasculaire (en prévention primaire) et des patients souffrant d’une maladie coronaire (prévention secondaire)

  Mortalité vasculaire Mortalité globale
Groupe placebo n=10.267 9,1% 14,7%
Groupe simvastatine n=10.269 7,6 % 12,9%
Réduction du risque relatif -17%   = (9,1-7,6)/9,1 -13%   = (14,7-12,9)/14,7
Réduction du risque absolu -1,5%  = 9,1-7,6 -1,8%  = 14,7-12,9

(Lancet 2002; 360: 7–22)

Voix Médicales :
Que penser des  recommandations de l’Afssaps :  » évaluation du risque cardio vasculaire global” et “objectifs thérapeutiques” ?

François Pesty :
En premier lieu, l’Afssaps elle-même rappelle dans ses recommandations qui datent de mars 2005, que « les valeurs de la LDL-cholestérolémie retenues comme objectifs thérapeutiques ne sont pas des valeurs expérimentales définies par des essais d’intervention ni par des analyses coût-bénéfice. Elles ont été fixées consensuellement (avis d’experts et recommandations européennes et internationales actuelles) ». 

Personnellement, ce qui me semble peu contestable dans cette recommandation, c’est l’évaluation du risque global.

En revanche, je ne prends pas très au sérieux les objectifs cibles de LDL-cholestérol proposés par les experts Afssaps (0 facteur de risque = 2,20g/l ; 1 FdR = 1,90g/l, 2 FdR = 1,60g/l ; > 2 FdR = 1,30 g/l ; quelque soit le nombre de FdR, en présence d’antécédent de maladie cardiovasculaire ou risque équivalent (diabète à haut risque) = 1g/l et même 0,7g/l aux USA).
Des préconisations qui ne résistent pas à posteriori à l’analyse de leurs liens d’intérêts.

La recommandation de bonne pratique « Prise en charge thérapeutique du patient dyslipidémique » a été publiée par l’Afssaps en mars 2005

Ci-dessous les extraits des DPI des hospitalo-universitaires membres du groupe de travail et des chargés de projet, publiés dans « Les déclarations d’intérêts des membres des conseils, commissions et groupes de travail 2005 ». Afssaps.
En gras les liens d’intérêts à prendre en compte :

– Le président du groupe de travail était le Pr Eric BRUCKERT :
Déclaration du 25/02/2005 :

GTCARDIO IP-EC – PFIZER [CETP]
Exp.AMM IP-EC – MERCK SHARP [Ezetimibe]

Exp.BIOmé IP-CF – [très nombreuses interventions]
VB – Société Française d’Athérosclérose [perçoit les sommes d’argent correspondant aux protocoles]
{Autre} – Société Française d’Athérosclérose [Membre et président]
{Autre} – FOURNIER [négociation pour un protocole sur le lipanthyl]

{Autre} – ASTRA ZENECA [Etudes hors produits mais avec des laboratoires pharmaceutiques – éducation thérapeutique]
{Autre} – SANOFI, PIERRE FABRE (etc). [Plusieurs études, enquêtes phase IV]

– CLAVEAU Annette, généraliste « Chargée de projet » : GT dyslip Déclaration non parvenue

– Pr AMARENCO Pierre, neurologue vasculaire, Paris, Déclaration du 16/03/2005 :
IP-EC – PFIZER. [Etude Atorvastatine vs placébo chez 128 patients Exp.AMM ayant 1 infarctus lacunaire]
IP-AC – PFIZER. [Atorvastatine : Membre du Steering Committee de l’étude SPARCL (Atorvastatine vs placebo ou prévention secondaire de l’AVC (Accident VasculaireCérébral)]
IP-AC – PFIZER, NOVARTIS, MSD, SANOFI-AVENTIS. [interventions au coursdes 3 dernières années]
IP-CF – PFIZER, SANOFI, BOEHRINGER-INGELHEIM.

– Dr FARNIER Michel, endocrinologue, Dijon : Déclaration non parvenue

– Dr GIRAL Philippe, endocrinologue, Paris. Déclaration du 29/01/2004 :
IP-EC – PFIZER.Exp.AMM IP-EC – MSD. [Etude ezetimibe]
Exp.PUB IP-AC – MSD.
[Développement ezetimite]
IP-CF – MSD – ASTRA ZENECA – PFIZER – FOURNIER – NOVARTIS.
VB – MSD – FOURNIER. [ARCOL]

– Dr GRENIER Olivier, cardiologue, Paris. Déclaration du 02/02/2004 :
IP-EC – ROCHE. [Phase III – Etude M77003 (Herceptin)]
IP-EC – BRISTOL MYERS SQUIBB. [Phase III – Etude Overture (Omapatilate)]
IP-EC – BRISTOL MYERS SQUIBB.
[Enquêtes épidémiologiques – Etudes PREVENIR]
IP-AC – BRISTOL MYERS SQUIBB. [Rédaction d’articles médicaux]
IP-CF – JOURNEES JEAN LENEGRE. [Initiation – Insuffisance cardiaque]
IP-CF – DU Cardiogériatrie. [Insuffisance cardiaque sujet âgé]
IP-CF – Collège des cardiologues. [Présentation étude PRISMA]-

Pr KOMAJDA Michel, cardiologue, Paris. Déclaration non parvenue

– Dr PUEL Jacques, cardiologue, Toulouse. Déclaration du 28/01/2004 :
Exp.PUB IP-EC – Société Française de Cardiologie. [Registre angioplastie]
Exp.Dmbio IP-EC – BOEHRINGER. [Infarctus du myocarde aïgue]
IP-EC – PFIZER.
[Etude EFECTS]
IP-EC – AVENTIS. [Etude Diabetics]

IP-RE – BAYER. [Cerivastatine]
IP-AC – PFIZER. [Board]
IP-AC – ASTRA ZENECA. [Board]

IP-AC – BOEHRINGER. [Registre IDM]
IP-CF – BOEHRINGER. [Infarctus du myocarde]

IP-CF – PFIZER. [Athérosclérose]
IP-CF – Société Française de Cardiologie. [Dislipidémie, angioplastie coronaire]
VB – PFIZER, AVENTIS,ASTRA ZENECA, BMS, CORDIER. [Association loi 1907 de recherche clinique du service de cardiologie B du CHU de Toulouse]
– Pr MOULIN Philippe, endocrinologue, Lyon. Déclaration du 04/07/2005 :
Exp.AMM IP-EC – SERVIER. [Benfluorex]
Exp.PUB IP-EC – LILLY.
[Erista]
IP-EC – TAKEDA. [Pro activ]
IP-EC – TAKEDA.
IP-EC – SERVIER. [S-18886]
IP-EC – GLAXO.
IP-RE – SERVIER. [Benfluorex]

IP-AC – ASTRA ZENECA France. [Advisory Board (sans rémunération directe – EZUS Université Lyon 1)]
IP-CF – SERVIER. [EASD (2005)]
IP-CF – SANOFI. [Symposium interne SM]
IP-CF – SERVIER.
[EASD]
IP-CF – ASTRA ZENECA. [AHA]
IP-CF – TAKEDA. [AHA]
VB – FOURNIER, PFIZER, MERCK, MSD, ASTRA ZENECA, SERVIER, LILLY, NOVO.
{Autre} – Nouvelle Société Française d’Arthérosclérose. [CA]
{Autre} – [Advisory Board – à compter de septembre 2005]

– Dr VOIRIOT Pascal, cardiologue, Vandoeuvre. Déclaration du 08/04/2005 :
GTA IF – CARDIABASE. [Lecture centralisée d’ECG]
GTCARDIO IP-EC – ASTRA ZENECA. [Megalatran, co-investigateur]
GT dyslip IP-RE – VICURON. [Anidulafungin, ECG report]
Exp.AMM IP-RE – SERVIER. [33138, ECG report]
Exp.VIG IP-RE – BAYER. [Moxifloxacine, étude MOHICAN, ECG report]
IP-AC – CRITICAL EVENT COMMITEE.
IP-AC – LABORATOIRE BAYER PHARMA. [Moxifloxacine, étude immédiate]
IP-AC – LABORATOIRE BAYER. [Moxifloxacine]
IP-CF – SERVIER. [Ivabradine, étude Vasco, avril 2005, en qualité d’intervenant]
IP-CF – BAYER. [ICAAC annuel, en qualité d’auditeur]
IP-CF – AVENTIS. [ICAAC annuel, en qualité d’auditeur]
IP-CF – GLAXO. [ICAAC annuel, en qualité d’auditeur]
IP-AUT – BAYER PHARMA. [Cerivastatine et Rabdomyolyse, expert judiciaire]
IP-AUT – SPILF – SRLF – SFC.

VB – [Je suis PDG d’un société de service (CRO) assurant un service de lecture centralisé des ECG à l’industrie pharmaceutique]
VB – [Je suis actionnaire majoritaire de cette CRO (80 %)]
VB – [Plus de 90 % du CA produit par cette société provient de laboratoirespharmaceutiques « clients »]

VB – [Parmi ceux-ci, les plus importants en 2005 dans la structure du CA de CardiaBase sont : Sanofi Aventis et GSK, financement > 15 %]
VB – [Les autres industriels actuellement impliqués avec CardiaBase sont les suivants : Wyeth, Servier, financement 10-15 %]
VB – [Les autres industriels actuellement impliqués avec CardiaBase sontles suivants : Vicuron, UCB, Basilea, Urogèene, Paion, Aster, Pharmacie des Armées]

Au total, l’analyse des DPI des membres du groupe de travail montre clairement la présence de liens d’intérêts prédominants pour ne pas dire exclusifs avec les firmes PFIZER, ASTRAZENECA et MSD, qui commercialisent des hypolipémiants puissants sur l’abaissement du LDL-cholestérol (superstatines : atorvastatine,rosuvastatine ; inhibiteur de l’absoption intestinale du cholestérol : ézétimibe).
En ce qui concerne MSD, rappelons que 2 mois après la publication de la recommandation, ZOCOR®/LODALES®, simvastatine, était génériqué (mai 2005). La stratégie du laboratoire n’était plus de maintenir un effort promotionnel sur sa statine, mais de s’appuyer sur son partenaire SCHERING-PLOUGH pour développer les ventes de l’association simvastatine + ézétimibe (INÉGY®) commercialisé en comarketing. ELISOR®/VASTEN®, pravastatine, allait suivre un an plus tard en juillet 2006. Le déséquilibre patent de l’expertise dans le groupe de travail en faveur de la thèse idéologique « lower is better » plutôt que l’antithèse visant à privilégier les bénéfices établis sur les paramètres de morbi-mortalité, est très comparable à l’assymétrie observée lors de l’élaboration par la HAS de son récent rapport sur l’efficacité et l’efficience des statines : http://www.formindep.org/Conflits-d-interets-La-mauvaise.html

 

(L’Afssaps a statué à un moment ou les statines chefs de file étaient en passe d’être génériquées dans les mois qui suivaient (mai 2005 pour ZOCOR®/LODALES® ; juin 2006 pour ELISOR®/VASTEN®), et où les autres statines (et autres hypolipémiants) avec une protection brevetaire suffisante de plusieurs années, encore largement promues (TAHOR®), et pour certaines en cours de lancement (CRESTOR® lancé en 2003, EZETROL®/INEGY® ézétimibe seul ou associé à la simvastatine, respectivement arrivés sur le marché en janvier 2005 et janvier 2006) et bénéficiant de forts investissements en développement clinique (faisant ainsi travailler les expert hospitalo-universitaire et rémunérant les leaders d’opinion), étaient toutes comme par hasard très efficaces sur l’abaissement du LDL-cholestérol… (Nous avions
probablement déjà un déséquilibre d’expertise à l’Afssaps comparable à celui relevé lors du rapport plus récent de la HAS…) ; Cela dit, je pense avoir déjà argumenté sur ce point, en citant le texte de l’argumentaire Afssaps qui est explicite, le travail énorme, un peu trop technique de HAYWARD et al. (Ann Intern Med 2006 [9]) et les libellés d’indications AMM .
Si l’on prend la reco Afssaps : avec seulement 2 facteurs de risque, ex chez l’homme HTA + âge > 50 ans, dès que l’on n’est plus à 1,60g/l (valeur normale), il faudrait traiter.  Plus on accumule les facteurs de risque, plus il faut faire baisser le LDL-cholestérol. Ce qui ne correspond pas aux données validées puisque les études (et les AMM octroyées à partir des résultats) comme je l’ai écrit, montrent un bénéfice clinique indépendant à la fois du taux initial et de l’abaissement obtenu… Que les essais d’intervention ne permettent absolument pas de conclure à l’intérêt de la stratégie intensive d’abaissement de LDL-Cholestérol. Stratégie étudiée en prévention secondaire (sauf JUPITER) et qui n’aurait probablement aucun intérêt en prévention primaire en dehors des heureusement rarissimes hypercholestérolémies familiales homozygotes, dont la fréquence est de 1 cas/1.000.000 d’habitants.

Suite page suivante

Pages : 1 2 3 4

22 Commentaires

  1. pezet dit :

    Le Dr Pesty se pose des questions sur les statines et c’est bien, tout comme les agriculteurs sur les bienfaits des pesticides. Comme les agriculteurs dans leur majorité il est partisan d’une médecine (agriculture) dite raisonnée.
    En fait comme eux il croit encore au Père Noël et le médecin (ou l’agriculteur) qui croit que sans la chimie l’homme (ou sa récolte) va mourir prématurément a un nom : c’est le Dr Knock!
    Jules Romain ton personnage a fait des petits…
    Cordialement

  2. Gilles ROUPERT dit :

    Je cherchais un article sur les statines, en prévention des risques cardio-vasculaires, pour mon père, 82 ans, un peu de cholestérol, et que son médecin passe de Tahor à Crestor, essentiellement pour des problèmes d’effets secondaires musculaires … type fatigues, douleurs … Curieux, tu me connais, je creuse le sujet, pour me faire mon avis sur la question … puis tombe sur un papier, celui-ci, qui est exactement ce que je cherche …
    Une revue biblio, compète, scientifique, précise … je descends en bas de page … et je lis … auteur, François Pesty … gros sourire forcément.
    C’est drôle non … ????

    1. Bonjour Gilles, Des retrouvailles sur « la toile » douze ans après un virage professionnel. On vient seulement de me signaler ton post. Désolé pour le retard avec lequel je te réponds. Effectivement, et je suppose que tu as lu mon article complet sur le sujet : http://www.voixmedicales.fr/2011/07/07/statine-en-prevention-realites-ou-marketting/#more-2151, je recommanderais personnellement au-delà de 80 ans la pravastatine à 10 mg. Mais on peut en discuter en BAL (tu trouveras la mienne sur Google, ou en visitant les sites puppem.com et optimiz-sih-circ-med.fr. Meilleur souvenir.

  3. Jacques Evrard dit :

    Les calculs indiqués pour le risque relatif sont totalement erronés. Pas très sérieux …

    1. Ah bon, vous avez une autre formule de calcul ?

      1. Jacques Evrard dit :

        Je n’ai pas parlé de formule, mais de calculs.
        Les avez vous seulement relus dans le tableau affiché ci-dessus?
        Je ne crois pas, sinon c’est grave!
        En effet,
        • (9,1-7,6)/9,1= 0,165 ≠ -17%
        • (14,7-12,9)/14,7 = 0,122 ≠ -13%

        1. Je crois que vous « chipotez » cher ami. Mon tableau avait seulement une visée pédagogique pour faite comprendre aux internautes qui ne sont pas forcément des agrégés de mathématiques les notions de réduction du risque absolu et relatif. Je ne crois pas que me faire le reproche d’avoir arrondi 16,5 à 17, et d’une erreur d’une décimal sur le calcul de l’autre arrondi (13% au lieu de 12%) soit de nature à enrichir le débat sur la pertinence des prescriptions de statines en prévention primaire… Dites-nous plutôt ce qui vous gène dans mon argumentation pour la stratégie thérapeutique que je défends, de façon à alimenter utilement le débat !

  4. Marc dit :

    Bonjour
    Et le risque lié à la prise de statines ?
    Votre collègue du CNRS et du CHU de Grenoble parle de cancers… j’ai 43 ans, 3 gosses et suis sous Crestor depuis 4 ans : j’ai la trouille.
    Merci

    1. Vous posez une question à laquelle il n’est pas facile de répondre. Déjà l’intérêt des statines dans les indications pour lesquelles elles ont obtenu des autorisations de mise sur le marché, fait l’objet de prises de position passionnées et parfois aux antipodes (Confère le débat relancé par la publication imminente du Livre du Pr Philippe EVEN, qui fait déjà polémique – Personnellement, vu les déclarations péremptoires récentes de son auteur : « 46 essais cliniques étudiés portant sur 250.000 malades, 3 montrent un effet bénéfique des statines, 43 essais n’en trouve aucun. Les 3 qui trouve un effet bénéfique, c’est un effet ponctuel, minuscule… 95% des personnes traitées inutilement », je pense, même s’il a fait beaucoup de choses utiles dans sa carrière, qu’il devrait vraiment songer maintenant à prendre sa retraite). Alors, avoir les idées claires sur l’effet des statines dans des indications thérapeutiques pour lesquelles elles n’ont pas été conçues est difficile. J’avoue n’avoir pas étudié particulièrement cette question. Une première recherche effectuée sur PubMed, avec les mots clés « Statins risk cancer », en me focalisant non pas sur des études mais sur des revues plus larges de la littérature m’a conduit à une revue récente accessible gratuitement à l’adresse : http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC2910322/pdf/nihms217769.pdf, et qui conclue sur la rareté et le faible niveau de preuve des études ayant rapporté une association entre la prise des statines et l’incidence des cancers, à l’exception du cancer de la prostate où elles réduisent le risque. Selon ces auteurs, si l’innocuité des statines par rapport au cancer semble bien établie, tout effet protecteur chez l’homme contre les cancers reste à démontrer. En effet, les données disponibles proviennent essentiellement d’études observationnelles ou d’analyse post hoc (c’est-à-dire après coup) d’essais thérapeutiques qui n’avaient pas été dimensionnés pour répondre à cette question, ce qui ne permet pas de conclure avec robustesse et laisse au hasard une explication possible aux observations faites. C’est le cas par exemple des travaux mentionnés sur le blog Esculape, en français, que vous retrouverez à l’adresse : http://www.esculape.com/medicament/statines_cancer_2005.html ; Autant, il me semble donc prématuré et non justifié de prendre des statines pour éviter des cancers, autant, et mon article sur ce site me semble en fournir les arguments, si l’on se base sur le critère le plus exigeant de la réduction de la mortalité toutes causes dans des essais cliniques contrôlés et randomisés, alors seules la pravastatine (en particulier en prévention primaire) et la simvastatine (en prévention secondaire et chez le patient diabétique) sont à privilégier. Je ne vous recommanderais donc en aucun cas la rosuvastatine (CRESTOR®), parlez-en à votre médecin traitant ou au spécialiste qui vous l’a prescrite…

      1. Marc dit :

        Merci de votre réponse complète
        Je n’évoquais pas la prévention mais le risque induit que dénonce De Lorgeril

        Est il dans le vrai ?

        Encore merci

        1. Au travers des études cliniques que j’ai pu analyser, et je le répète, qui n’ont pas été conçues pour répondre à votre question, je dirais que les statines ont au pire un effet neutre, au mieux un effet plutôt protecteur contre les cancers. Bien sur, on trouvera toujours ponctuellement des essais dans lesquels davantage de cancers auront été retrouvé dans le groupe statine que dans le groupe placebo. Par exemple, et peut être que Michel de LORGERIL y fait allusion, l’étude PROSPER (Lancet 2002; 360: 1623–30), menée avec la pravastatine à 40mg versus placebo chez 5.804 sujets âgés de 70 à 82 ans suivis pendant 3,2 années, avait montré une réduction significative du critère principal (décès coronaires + cérébro-vasculaires + infarctus du myocarde et AVC non fatals) de 15% (p=0.014), mais aussi davantage de cancers diagnostiqués dans le groupe traité par rapport au placebo ; Cependant, une méta-analyse de tous les essais avec suivi supérieur à 3 ans, réalisés soit avec la pravastatine, soit une autre statines, a montré l’absence d’association avec l’incidence des cancers… Personnellement, je ne prendrais pas pour argent comptant tout ce qu’écrit le Pr de LORGERIL ; Un peu comme Philippe EVEN, il a tendance à forcer le trait. N’oublions pas qu’ils vendent tous les deux beaucoup de livres

          1. Marc dit :

            Merci infiniment de votre disponibilité
            Bien cordialement

          2. A Pedrinha dit :

            « N’oublions pas qu’ils vendent tous les deux beaucoup de livres »
            Un argumente absurde. Leurs argumentations requiert des pages et des pages, c’est impossible dans les journaux « pire-reviewed ». Comment faire alors pour exposer ses idées ? Leur analyse pointilleuse est détaillée, convaincante et en dessous de la réalité comme le démontre Peter Gotzsche dans « Deadly medicines and organized crime ». Analyser ces méga essais (ce qui implique en général mini effeit) c’est déja leur prêter plus d’honneteté quils n’en ont.

      2. Paul v Nguyen dit :

        L etude de Framingham l a bien demontre que plus le cholesterol est bas (12 a 18 annees avant l occurence du cancer) plus le risque de cancer augmente. Etude CARE augmentation du cancer du sein de 6x, etude PROSPER chez la personne agee..

  5. Poisson Patrick dit :

    Bonjour

    J’ai du mal à comprendre pourquoi vous donnez autant d’importance à l’étude MEGA comme en témoigne la conclusion de votre article (en conseillant la pravastatine à 10 mg en prévention primaire chez les personnes à bas risque ) alors que le reste de votre excellent article montrait plutot que c’est inutile en France
    Car c’est la seule étude positive chez les femmes ce qui contraste avec les très nombreuses études négatives une étude financée par l’industrie donc potentiellement biaisée , de plus les japonais sont très différents des français(nourriture , mode de vie,… donc des résultats tres peu extrapolables

    Merci de votre réponse

  6. L’étude MEGA montre précisément l’intérêt sur une population à bas risque cardiovasculaire de la pravastatine à 10mg en prévention primaire chez des sujets ayant un LDL-cholestérol que l’on considère normal en France chez l’adulte, avec un nombre modeste de facteurs de risque associés : principalement l’âge, l’HTA, le diabète, le tabac. Je n’ai jamais dit qu’il fallait traiter toutes les françaises et tous les français ayant un LDL-chol à 1,60g/l, non fumeurs, sans HTA, ni diabète, d’âge inférieur à 60 ans chez la femme et 50 ans chez l’homme…

    Ce qui compte, c’est le risque CV global. MEGA, je le répète, est de tous les essais réalisés le plus transposable à la population française. Les japonais et les coréens présentent les taux de mortalité par cardiopathie ischémique et AVC les plus comparables aux nôtres ; Vous ne pouvez faire que des suppositions à partir de ce qu’ils mangent, leur mode de vie… Les résultats récemment publiés de l’étude espagnole sur la « diète méditerranéenne » avec 1 litre d’huile d’olive par semaine (faut les boire…), ou 30 grammes de fruits à coque par semaine (15 gr de noix, 7,5 gr de noisettes, 7,5 gr d’amandes), pourtant obtenus chez des patients à haut risque CV, sont bien pâles à coté de ceux de MEGA, et le bénéfice d’un régime à base de poissons gras des mers froides et autres omega 3, n’est pas prouvé à ma connaissance…

    1. Une petite erreur de ma part, le protocole prévoyait non pas 30 g de fruits à coque par semaine, mais par jour…

      J’en profite pour compléter ma réponse sur un point : Il ne faut pas confondre, ce que semble avoir fait Patrick POISSON, population à bas risque cardio-vasculaire (japonais, coréens, français, suisses, espagnols) et risque individuel, lequel dépend du nombre de facteurs de risque associés. Les japonais de l’étude MEGA avait un nombre modéré de facteurs de risques en plus de leur légère hypercholestérolémie : âge, HTA, tabac, diabète… Ce qui peut tout à fait justifier un traitement compte tenu des résultats obtenus. Ce qui constitue une sur-prescription, car sans bénéfice prouvé, c’est la prise d’une statine chez un patient ayant une anomalie lipidique isolée (sans autre facteur de risque associé). Personnellement, je ne crois pas comme Philippe EVEN que 95% des prescriptions en prévention primaire soient inutiles. Je suis bien incapable de dire quelle est la part des prescriptions inutiles, mais l’assurance maladie pourrait certainement en faire une estimation sérieuse.

  7. Sylvain Duval dit :

    Je trouve dommage qu’on incite à la consommation d’un médicament (entrainant une baisse sensible du co-enzyme Q10 toxique au niveau mitochondrial) au lieu d’une modification du mode de vie.
    Surtout avec une comparaison basée sur des arguments inexacts.

    De plus, il faudrait relire l’étude PREDIMED, car elle ne dit pas qu’il faut boire un litre d’huile d’olive, mais qu’on a fourni gratuitement (cela s’appelle un cadeau et représente une incitation à suivre le régime).

    L’étude montre précisément les quantités supplémentaires d’huile d’olive extra-vierge utilisé dans l’un des bras de l’étude.
    Et ce n’est pas du tout un litre.
    Merci de corriger cette erreur et de ne pas la répandre sur les blog et les listes de discussion.

    Enfin, en terme de comparaison, la population française est beaucoup plus proche génétiquement et culturellement des espagnols que des japonais.

    Source : Primary Prevention of Cardiovascular Disease with a Mediterranean Diet
    http://www.nejm.org/doi/full/10.1056/NEJMoa1200303

    1. wasniewski dit :

      Bonjour

      Je ne vois pas le rapport avec l’étude PREDIMED qui ne me semble pas être citée dans cet entretien.

  8. Sylvain Duval dit :

    Cet article de François était intéressant, mais il a bien vieilli.

    En 2013, on ne peut plus écrire : « Dénombrer les facteurs de risque selon l’algorithme de la recommandation Afssaps mars 2005 et le taux de LDL-Cholestérol pour décider du traitement ou non. »

    Recommandations 2005 : biaisées et obsolètes
    Seuil de LDL : recommandation obsolète et non basée sur la science

    Conclusion à corriger de toute URGENCE…

    http://cholesterol-verite.blogspot.fr/2013/04/il-faut-sortir-du-dogme-des-ldl.html

  9. Catherine Tourneboeuf dit :

    Cette discussion sur les statines et surtout la « grosse affaire » du cholestérol sont des résultats de notre époque scientiste dans laquelle la science (sans conscience) sert les intérêts de quelques uns aux détriments de la santé et de l’argent de tous.
    je serais tenté de suivre l’avis du Docteur Even. Je suis tentée de croire que des scientifiques ou pseudos ont faussé des études pour que leurs commanditaires fassent des affaires. Je suis surtout convaincue qu’une certaine médecine « normative » et trop préventive fait perdre une qualité de vie à ses patients. J’en veux pour preuve les effets secondaires très réels des statines ( douleurs musculaires et articulaires) à mettre en regard de risque très imaginaires et très lointains de maladies dues au cholestérol.
    Tous les gens que je connais qui étaient traités pour faire baisser leur cholestérol ont eu des problèmes de santé et des douleurs liés à ces médicaments tandis que leur cholestérol , ils ne le sentaient pas.

    1. Paul van dit :

      Absolument d’accord, toutes ces études là sont truquées, car supposément à double insu et elles ne le sont pas. Il suffit de demander un dosage de cholestérol et on sait tout de suite dans quel groupe le patient (ou cobaye appartient) donc si le LDL-C est élevé, on sera plus enclin à diagnostiquer une angine de poitrine et de l’hospitaliser et de lui faire une coro et aussi des stents, d’où c’est l’augmentation des Évènements CV par ce biai qui causent la différence et non pas l’abaissement de ces évènements par la statine étudiée. Il n y a pas de différences dans les décès car connaissant à quel groupe les patients appartiennent, le sponsor arrête l’étude dès qu il voit que les décès dans le groupe statine commence à augmenter ou arreter tôt quand cela favorise son médicament aussi. C’est là l’ARNAQUE!!!!!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *