Entretien avec François Pesty : précisions sur l’article « Statine en prévention ? Réalités ou marketing ? »

MEGA : une étude qui pose question

Voix Médicales :
L’essentiel de ton argumentaire repose sur l’étude MEGA. Or celle-ci suscite interrogations et controverses.

François Pesty :
Je considère pour ma part l’étude MEGA comme remarquable à plus d’un titre, probablement le plus bel essai d’intervention en prévention primaire jamais réalisé avec une statine, et le plus pertinent pour en transposer les résultats à la population française, pour les raisons suivantes :

– Taille de l’essai : 7.832 patients
– Durée du suivi : 5 à 9 ans
– Recrutement important de femmes (70%)

– Choix de la statine la moins puissante sur le LDL-cholestérol, à son dosage le plus faible (10mg)
– Population présentant un risque cardiovasculaire comparable à celui des français
– Caractéristiques des patients inclus correspondant à la banalisation de la prescription des statines dans la « vraie vie » : hypercholestérolémie modérée voir normolipidémiques et faible nombre de facteurs de risque associés
– Financement public par le ministère nippon de la santé les 2 premières années (Par SANKYO après)
– Résultats impressionnant en termes de réduction du risque relatif : -30% sur la mortalité globale à 5 ans ; -48% pour les infarctus non létaux, -32% pour les AVC, réduction chez la femme de 41% de la mortalité toutes causes
– Cette étude est sortie dans le Lancet en septembre 2006 deux mois après la perte du brevet d’ELISOR® et VASTEN®, raison pour laquelle elle n’est pas connue des leaders d’opinion (en général ce sont les firmes qui fournissent leur biblio aux KOL (Key Opinion Leader)…) ni de la plupart des médecins en ville comme à l’hôpital .

Il est évident que si MEGA avait été publiée 2 ou 3 ans auparavant, Bristol-Myers Squibb et son partenaire en France Aventis, auraient demandé et obtenu une extension d’indication AMM avec réduction de la mortalité en prévention primaire à la dose de 10mg…
Le système sanitaire français repose exclusivement sur la demande des industriels pour enregistrer les nouvelles AMM. Il faudrait que l’Afssaps (la future ANSM) puisse s’autosaisir lorsque une molécule mérite une extension d’indication à la suite d’une publication et qu’elle n’est plus protégée par un brevet. Malheureusement, cela ne devrait pas changer même après adoption de la Loi qui sera en discussion au parlement en automne (sauf si elle était amendée en ce sens). Mais c’est un autre sujet…

L’absence de double aveugle ne me perturbe pas s’agissant d’une statine et du critère de mortalité globale. En effet, comme le dit Michel de LORGERIL, dans les études statines versus placebo, il suffit de regarder le bilan lipidique pour lever l’aveugle. Par ailleurs, s’agissant de la mortalité toutes causes, je vois difficilement comment tricher.

L’extrait ci-après se situant à la fin de la discussion dans la publication de la méthodologie de l’étude, fournis une explication à l’absence de double aveugle dans cet essai  qu’il faut prendre en compte, et les dispositions qui ont été prises pour réduire les risques qui en découlaient : 

« In summary, this is the largest controlled study yet conducted among Orientals in Asia. The difficulties in mounting such a study are reflected by the need for an open rather than blinded design, because Japanese are uncomfortable with a placebo-control design. However any bias that might have been introduced will be minimized because an independent Data and Safety Monitoring Committee will oversee progress in the study, and analyses will be performed by a group that is independent of the Steering Committee and investigators. Therefore the study is still able to provide very important new information on the effects of an HMG CoA reductase inhibitor in an Oriental population with a predominance of women. »


Voix Médicales :
Abordons quelques points précis.
Dans MEGA, la dose de pravastatine était de 5 à 20 mg en fonction des résultats sur la baisse du LDL cholestérol. A 5 ans 17% des patients prenaient de la pravastatine à 20 mg et à 9 ans ils étaient 22%.

François Pesty :
 « The mean dose of pravastatin was 8·3 mg ».
La table 2 de l’étude montre la répartition des patients en fonction de la dose de pravastatine ; la proportion des patients recevant 10 mg de pravastatine par jour est de 81% au bout d’un an, de 71% après 3 ans, 66% à 5 ans (durée de suivi atteinte pour tous les patients) et de 63% à 7 et 9 ans de suivi…

Voix Médicales :
La baisse du LDL cholestérol n’était pas si modeste car à 5 ans elle était de 19% et non de 14.8% comme tu l’indiques.

FrançoisPesty :
Il faut se rappeler que MEGA compare un groupe régime diététique seul et un groupe régime diététique + pravastatine.
C’est pourquoi l’effet propre de la pravastatine dans la baisse du LDL-Cholestérol est égal à la différence entre les deux baisses. Après 5 ans de suivi (période atteinte pour tous les patients, et pour laquelle la réduction de la mortalité totale est significative), l’effet de la pravastatine sur le LDL-cholestérol est de -19% – (-5%) = -14% ; Sur la durée moyenne de suivi, le même calcul donne -19% -(-3%) = -15%.
Mes -14,8% ne sortent pas du chapeau, mais sont extraits de l’éditorial de Sirtori et Calabresi: « This risk reduction occurred despite modest total and LDL cholesterol lowering by attributable reductions of 9·4% and 14·8% respectively, after drug treatment » (Japan: are statins still good for everybody?
The Lancet, Volume 368, Issue 9542, Pages 1135 – 1136, 30 September 2006).

Voix Médicales :
Certes il parait nécessaire de débuter par les plus petites doses de pravastatine afin de limiter le risque d’effets indésirables, mais il semble aussi nécessaire, une fois que la décision de traiter a été prise, de ne pas se refuser à augmenter les doses de pravastatine en fonction de la baisse du LDL. Les valeurs cibles de ce LDL n’étant par ailleurs, de l’avis même des auteurs de l’étude MEGA, pas consensuelles.

François Pesty :
Comme beaucoup d’équipe, les investigateurs de MEGA ont suivi un protocole qui visait à maintenir non pas le LDL-cholestérol, mais le cholestérol total sous 5,7 mmol/l (équivalent à 2,2g/l).
Mais, comme je l’explique dans l’article, en reprenant notamment les arguments de HAYWARD (Ann Intern Med.2006;145:520-530), l’atteinte d’un objectif cible de LDL-choletérol n’a aucun fondement scientifique sérieux. Comme ce chercheur le dit très bien, tant que l’on n’aura pas randomisé des patients dans des groupes avec des doses différentes d’une même statine en suivant simultanément l’effet biologique et les résultats cliniques nous n’aurons rien démontré…

Et ce même si dans MEGA une tendance (non significative, p=0.11) semble se dessiner pour que les patients ayant un LDL-cholestérol supérieur à 4 mmol/l aient un bénéfice plus marqué sur le critère composite principal que ceux qui présentent un taux inférieur à 4 mmol/l (d’ailleurs, rien n’indique que ce sont ceux qui ont eu les plus fortes doses de statine).
Je rappelle encore que le doublement de la posologie d’une statine, quelle qu’elle soit, ne fait baisser le LDL-cholestérol que d’environ 6% supplémentaires…

Voix Médicales :
Des critiques ont été formulées à l’encontre de MEGA.
Par exemple dans Therapeutics letter, cette étude est exclue.

François Pesty :
Les canadiens qui ont exclu MEGA, classée dans les 4 essais à « haut risque de biais », lui ont reproché une analyse qui n’était pas en intention de traiter.
Je ne sais pas sur quoi ils se basent pour affirmer ça. Peut être ce qui suit (dans la méthodologie de l’article du Lancet 2006) :

« The follow-up period was initially scheduled for 5 years ; however, on the basis of recommendations from the data and safety monitoring committee, the study was continued for an additional 5 years to increase the number of events. Thus, patients who provided written consent at 5 years to continue the study were followed up until the end of March, 2004 »

En essayant de comprendre, je tombe sur « L’analyse en intention de traiter et analyse per protocole », Sylvie CHABAUD, Michel CUCHERAT dans Médecine Thérapeutique, 2004 : http://www.jle.com/e-docs/00/04/0A/5E/vers_alt/VersionPDF.pdf

« Une pseudo-intention de traiter tolérée : Selon les dernières normes ICH, on peut considérer que l’analyse en intention de traiter soit définie par tout patient randomisé ayant reçu au moins une administration du traitement étudié. Le principe de l’intention de traiter serait alors préservé en dépit des patients supprimés, si la décision de commencer ou non le traitement ne peut pas être influencée par la nature du traitement effectivement assigné au patient par randomisation »

Et dans la conclusion de cet article sur l’analyse en intention de traiter je lis :
« Le besoin d’exclure une proportion substantielle de sujets de l’analyse jette des doutes sur la validité de l’essai ».

Dans MEGA en réalité, le suivi au-delà des 5 ans, représente une très faible part des patients x années : 13% seulement (voir le tableau 3, page 1160 de la publication dans le Lancet)

Personnellement, je m’en tiens aux résultats à 5 ans de suivi, période atteinte pour la totalité des 7.832 patients analysés qui représentent 87% des patients x années.

A noter que MEGA est une étude ouverte (open label) et que par conséquent on a dans le groupe de contrôle (régime seul à l’inclusion) une proportion importante de patient qui ont une statine, la pravastatine le plus souvent, 9%, 25% et 41% après respectivement 1 an, 5 ans et 9 ans de suivi. Inversement, dans le groupe pravastatine, 5%, 10%, et 11% des patients ne sont plus sous pravastatine après respectivement 1 an, 5 ans et 9 ans de suivi. Je n’appelle pas ça un biais, mais plutôt un handicap… En tout cas ça fourni une explication plausible aux résultats un peu en retrait à 9 années de suivi sur ceux à 5 ans.

« In the diet group, the proportion of patients who received a statin (mostly pravastatin) was 9%, 25%, and 41% at 1, 5, and 9 years, respectively. In the diet plus pravastatin group, 95%, 90%, and 89% of patients were receiving pravastatin as assigned at 1, 5, and 9 years, respectively (table 2)  » (p 1159)

Voix Médicales :
On trouve également une critique vive dans Minerva.

François Pesty :
Voilà ce que j’en pense  :

 MINERVA : « Cette étude souligne la pauvreté de données sur des critères de jugement forts quant à un traitement par statines chez des femmes aussi bien en prévention primaire qu’en prévention secondaire »
D’accord pour la prévention primaire, moins pour la prévention secondaire.

Mes deux références pour les statines chez la femme sont :
1/ la revue générale de Julie WALSH, dans le JAMA (avant MEGA)
2/ MEGA
Les résultats de MEGA ont été publiés dans le Lancet (premier auteur Haruo Nakamura). Ce dont il est question dans son article c’est de l’analyse
post hoc des sous-groupes des femmes et des hommes par Kyoichi Mizuno publiée presque 2 ans plus tard dans Circulation. Il est important de connaître les 2 publications.
Il y a plusieurs inexactitudes dans le papier de MINERVA :

MINERVA : « 7 939 sujets présentant une hypercholestérolémie isolée »
Non, la valeur du LDL-cholestérol à l’inclusion était de 4,1 mmol/l soit 1,60 g/l dans les deux groupes, c’est-à-dire une valeur normale pour nous. Il est vrai néanmoins qu’au Japon 1,60 g/l est considéré comme modérément élevé.

MINERVA : « La première analyse, qui se limite aux femmes, tient compte de toutes les femmes incluses, et montre une différence statistiquement significative pour le critère de jugement primaire (premier événement cardiovasculaire survenu) »
Non, ce qui est malheureux dans le sous-groupe des femmes c’est que leur risque cardio et cérébrovasculaire est si faible (2 à 3 fois inférieur à celui des hommes) que même avec un effectif de 5.356 femmes et une baisse de 26% à 37%, rien ne sort significatif sur la plan cardiovasculaire. En revanche la mortalité toutes causes baisse de 41% chez les femmes, une différence significative (p=0,046).
C’est exactement le contraire qui est observé chez les hommes : Les événements coronaires, les événements coronaires + AVC sortent avec une différence significative, mais pas la mortalité globale en baisse de 19%. Sur l’ensemble des effectifs hommes et femmes (Lancet) tout sort avec des différences significatives (à 5 ans de suivi : événements coronaires -30% p=0,03 ; AVC  -35% p=0,03 ; événement coronaire + AVC -34% p=0,003 ; mortalité totale -32% p=0,048). Voyez dans le Lancet les courbes de KAPLAN-MEIER page 1158 et le tableau 3 page 1160.  Et dans Circulation, les courbes page 4. Au passage en relisant le Lancet, il est bien mentionné que l’analyse statistique est faite en intention de traiter.

MINERVA : « L’extrapolabilité des résultats d’une étude effectuée dans une population japonaise à une population européenne est aussi en question ».
Dommage que les Belges n’aient, semble-t-il, pas communiqué à l’OCDE depuis 1997 leurs statistiques en matière de décès par cardiopathie ischémique.
En effet, la Belgique est absente du graphique que je propose dans l’article , graphique de l’OCDE en 2007 et un fichier de l’OCDE datant de 2008 avec les courbes d’évolution qui montre le coude à coude entre le Japon et la France… Non, non, je confirme que MEGA est l’étude la plus extrapolable au niveau de risque cardiovasculaire extrêmement bas des françaises et des français…

Voix Médicales :
Donc pour toi, MEGA est une base sérieuse de réflexion.

François Pesty :
En fait, en cherchant bien on peut toujours « trouver des poux » dans une étude. Et MEGA représente un essai bien embarrassant pour beaucoup de monde :

– Les adeptes du « lower is better » et de la stratégie d’abaissement intensif du LDL-cholestérol ne veulent pas croire qu’une statine aussi peu puissante sur la biologie, qui plus est à son dosage le plus faible, ait pu obtenir des résultats aussi impressionnants sur les critères cliniques les plus durs (en réduction du risque relatif) …
– Idem pour les convaincus du « mythe » des statines et de l’absence de preuve de leur utilité en prévention primaire. Bien gênante MEGA.

Je préfère donc m’en tenir à l’examen des quelques essais d’intervention qui ont étudié exclusivement l’effet des statines en prévention primaire.

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22 Commentaires

  1. pezet dit :

    Le Dr Pesty se pose des questions sur les statines et c’est bien, tout comme les agriculteurs sur les bienfaits des pesticides. Comme les agriculteurs dans leur majorité il est partisan d’une médecine (agriculture) dite raisonnée.
    En fait comme eux il croit encore au Père Noël et le médecin (ou l’agriculteur) qui croit que sans la chimie l’homme (ou sa récolte) va mourir prématurément a un nom : c’est le Dr Knock!
    Jules Romain ton personnage a fait des petits…
    Cordialement

  2. Gilles ROUPERT dit :

    Je cherchais un article sur les statines, en prévention des risques cardio-vasculaires, pour mon père, 82 ans, un peu de cholestérol, et que son médecin passe de Tahor à Crestor, essentiellement pour des problèmes d’effets secondaires musculaires … type fatigues, douleurs … Curieux, tu me connais, je creuse le sujet, pour me faire mon avis sur la question … puis tombe sur un papier, celui-ci, qui est exactement ce que je cherche …
    Une revue biblio, compète, scientifique, précise … je descends en bas de page … et je lis … auteur, François Pesty … gros sourire forcément.
    C’est drôle non … ????

    1. Bonjour Gilles, Des retrouvailles sur « la toile » douze ans après un virage professionnel. On vient seulement de me signaler ton post. Désolé pour le retard avec lequel je te réponds. Effectivement, et je suppose que tu as lu mon article complet sur le sujet : http://www.voixmedicales.fr/2011/07/07/statine-en-prevention-realites-ou-marketting/#more-2151, je recommanderais personnellement au-delà de 80 ans la pravastatine à 10 mg. Mais on peut en discuter en BAL (tu trouveras la mienne sur Google, ou en visitant les sites puppem.com et optimiz-sih-circ-med.fr. Meilleur souvenir.

  3. Jacques Evrard dit :

    Les calculs indiqués pour le risque relatif sont totalement erronés. Pas très sérieux …

    1. Ah bon, vous avez une autre formule de calcul ?

      1. Jacques Evrard dit :

        Je n’ai pas parlé de formule, mais de calculs.
        Les avez vous seulement relus dans le tableau affiché ci-dessus?
        Je ne crois pas, sinon c’est grave!
        En effet,
        • (9,1-7,6)/9,1= 0,165 ≠ -17%
        • (14,7-12,9)/14,7 = 0,122 ≠ -13%

        1. Je crois que vous « chipotez » cher ami. Mon tableau avait seulement une visée pédagogique pour faite comprendre aux internautes qui ne sont pas forcément des agrégés de mathématiques les notions de réduction du risque absolu et relatif. Je ne crois pas que me faire le reproche d’avoir arrondi 16,5 à 17, et d’une erreur d’une décimal sur le calcul de l’autre arrondi (13% au lieu de 12%) soit de nature à enrichir le débat sur la pertinence des prescriptions de statines en prévention primaire… Dites-nous plutôt ce qui vous gène dans mon argumentation pour la stratégie thérapeutique que je défends, de façon à alimenter utilement le débat !

  4. Marc dit :

    Bonjour
    Et le risque lié à la prise de statines ?
    Votre collègue du CNRS et du CHU de Grenoble parle de cancers… j’ai 43 ans, 3 gosses et suis sous Crestor depuis 4 ans : j’ai la trouille.
    Merci

    1. Vous posez une question à laquelle il n’est pas facile de répondre. Déjà l’intérêt des statines dans les indications pour lesquelles elles ont obtenu des autorisations de mise sur le marché, fait l’objet de prises de position passionnées et parfois aux antipodes (Confère le débat relancé par la publication imminente du Livre du Pr Philippe EVEN, qui fait déjà polémique – Personnellement, vu les déclarations péremptoires récentes de son auteur : « 46 essais cliniques étudiés portant sur 250.000 malades, 3 montrent un effet bénéfique des statines, 43 essais n’en trouve aucun. Les 3 qui trouve un effet bénéfique, c’est un effet ponctuel, minuscule… 95% des personnes traitées inutilement », je pense, même s’il a fait beaucoup de choses utiles dans sa carrière, qu’il devrait vraiment songer maintenant à prendre sa retraite). Alors, avoir les idées claires sur l’effet des statines dans des indications thérapeutiques pour lesquelles elles n’ont pas été conçues est difficile. J’avoue n’avoir pas étudié particulièrement cette question. Une première recherche effectuée sur PubMed, avec les mots clés « Statins risk cancer », en me focalisant non pas sur des études mais sur des revues plus larges de la littérature m’a conduit à une revue récente accessible gratuitement à l’adresse : http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC2910322/pdf/nihms217769.pdf, et qui conclue sur la rareté et le faible niveau de preuve des études ayant rapporté une association entre la prise des statines et l’incidence des cancers, à l’exception du cancer de la prostate où elles réduisent le risque. Selon ces auteurs, si l’innocuité des statines par rapport au cancer semble bien établie, tout effet protecteur chez l’homme contre les cancers reste à démontrer. En effet, les données disponibles proviennent essentiellement d’études observationnelles ou d’analyse post hoc (c’est-à-dire après coup) d’essais thérapeutiques qui n’avaient pas été dimensionnés pour répondre à cette question, ce qui ne permet pas de conclure avec robustesse et laisse au hasard une explication possible aux observations faites. C’est le cas par exemple des travaux mentionnés sur le blog Esculape, en français, que vous retrouverez à l’adresse : http://www.esculape.com/medicament/statines_cancer_2005.html ; Autant, il me semble donc prématuré et non justifié de prendre des statines pour éviter des cancers, autant, et mon article sur ce site me semble en fournir les arguments, si l’on se base sur le critère le plus exigeant de la réduction de la mortalité toutes causes dans des essais cliniques contrôlés et randomisés, alors seules la pravastatine (en particulier en prévention primaire) et la simvastatine (en prévention secondaire et chez le patient diabétique) sont à privilégier. Je ne vous recommanderais donc en aucun cas la rosuvastatine (CRESTOR®), parlez-en à votre médecin traitant ou au spécialiste qui vous l’a prescrite…

      1. Marc dit :

        Merci de votre réponse complète
        Je n’évoquais pas la prévention mais le risque induit que dénonce De Lorgeril

        Est il dans le vrai ?

        Encore merci

        1. Au travers des études cliniques que j’ai pu analyser, et je le répète, qui n’ont pas été conçues pour répondre à votre question, je dirais que les statines ont au pire un effet neutre, au mieux un effet plutôt protecteur contre les cancers. Bien sur, on trouvera toujours ponctuellement des essais dans lesquels davantage de cancers auront été retrouvé dans le groupe statine que dans le groupe placebo. Par exemple, et peut être que Michel de LORGERIL y fait allusion, l’étude PROSPER (Lancet 2002; 360: 1623–30), menée avec la pravastatine à 40mg versus placebo chez 5.804 sujets âgés de 70 à 82 ans suivis pendant 3,2 années, avait montré une réduction significative du critère principal (décès coronaires + cérébro-vasculaires + infarctus du myocarde et AVC non fatals) de 15% (p=0.014), mais aussi davantage de cancers diagnostiqués dans le groupe traité par rapport au placebo ; Cependant, une méta-analyse de tous les essais avec suivi supérieur à 3 ans, réalisés soit avec la pravastatine, soit une autre statines, a montré l’absence d’association avec l’incidence des cancers… Personnellement, je ne prendrais pas pour argent comptant tout ce qu’écrit le Pr de LORGERIL ; Un peu comme Philippe EVEN, il a tendance à forcer le trait. N’oublions pas qu’ils vendent tous les deux beaucoup de livres

          1. Marc dit :

            Merci infiniment de votre disponibilité
            Bien cordialement

          2. A Pedrinha dit :

            « N’oublions pas qu’ils vendent tous les deux beaucoup de livres »
            Un argumente absurde. Leurs argumentations requiert des pages et des pages, c’est impossible dans les journaux « pire-reviewed ». Comment faire alors pour exposer ses idées ? Leur analyse pointilleuse est détaillée, convaincante et en dessous de la réalité comme le démontre Peter Gotzsche dans « Deadly medicines and organized crime ». Analyser ces méga essais (ce qui implique en général mini effeit) c’est déja leur prêter plus d’honneteté quils n’en ont.

      2. Paul v Nguyen dit :

        L etude de Framingham l a bien demontre que plus le cholesterol est bas (12 a 18 annees avant l occurence du cancer) plus le risque de cancer augmente. Etude CARE augmentation du cancer du sein de 6x, etude PROSPER chez la personne agee..

  5. Poisson Patrick dit :

    Bonjour

    J’ai du mal à comprendre pourquoi vous donnez autant d’importance à l’étude MEGA comme en témoigne la conclusion de votre article (en conseillant la pravastatine à 10 mg en prévention primaire chez les personnes à bas risque ) alors que le reste de votre excellent article montrait plutot que c’est inutile en France
    Car c’est la seule étude positive chez les femmes ce qui contraste avec les très nombreuses études négatives une étude financée par l’industrie donc potentiellement biaisée , de plus les japonais sont très différents des français(nourriture , mode de vie,… donc des résultats tres peu extrapolables

    Merci de votre réponse

  6. L’étude MEGA montre précisément l’intérêt sur une population à bas risque cardiovasculaire de la pravastatine à 10mg en prévention primaire chez des sujets ayant un LDL-cholestérol que l’on considère normal en France chez l’adulte, avec un nombre modeste de facteurs de risque associés : principalement l’âge, l’HTA, le diabète, le tabac. Je n’ai jamais dit qu’il fallait traiter toutes les françaises et tous les français ayant un LDL-chol à 1,60g/l, non fumeurs, sans HTA, ni diabète, d’âge inférieur à 60 ans chez la femme et 50 ans chez l’homme…

    Ce qui compte, c’est le risque CV global. MEGA, je le répète, est de tous les essais réalisés le plus transposable à la population française. Les japonais et les coréens présentent les taux de mortalité par cardiopathie ischémique et AVC les plus comparables aux nôtres ; Vous ne pouvez faire que des suppositions à partir de ce qu’ils mangent, leur mode de vie… Les résultats récemment publiés de l’étude espagnole sur la « diète méditerranéenne » avec 1 litre d’huile d’olive par semaine (faut les boire…), ou 30 grammes de fruits à coque par semaine (15 gr de noix, 7,5 gr de noisettes, 7,5 gr d’amandes), pourtant obtenus chez des patients à haut risque CV, sont bien pâles à coté de ceux de MEGA, et le bénéfice d’un régime à base de poissons gras des mers froides et autres omega 3, n’est pas prouvé à ma connaissance…

    1. Une petite erreur de ma part, le protocole prévoyait non pas 30 g de fruits à coque par semaine, mais par jour…

      J’en profite pour compléter ma réponse sur un point : Il ne faut pas confondre, ce que semble avoir fait Patrick POISSON, population à bas risque cardio-vasculaire (japonais, coréens, français, suisses, espagnols) et risque individuel, lequel dépend du nombre de facteurs de risque associés. Les japonais de l’étude MEGA avait un nombre modéré de facteurs de risques en plus de leur légère hypercholestérolémie : âge, HTA, tabac, diabète… Ce qui peut tout à fait justifier un traitement compte tenu des résultats obtenus. Ce qui constitue une sur-prescription, car sans bénéfice prouvé, c’est la prise d’une statine chez un patient ayant une anomalie lipidique isolée (sans autre facteur de risque associé). Personnellement, je ne crois pas comme Philippe EVEN que 95% des prescriptions en prévention primaire soient inutiles. Je suis bien incapable de dire quelle est la part des prescriptions inutiles, mais l’assurance maladie pourrait certainement en faire une estimation sérieuse.

  7. Sylvain Duval dit :

    Je trouve dommage qu’on incite à la consommation d’un médicament (entrainant une baisse sensible du co-enzyme Q10 toxique au niveau mitochondrial) au lieu d’une modification du mode de vie.
    Surtout avec une comparaison basée sur des arguments inexacts.

    De plus, il faudrait relire l’étude PREDIMED, car elle ne dit pas qu’il faut boire un litre d’huile d’olive, mais qu’on a fourni gratuitement (cela s’appelle un cadeau et représente une incitation à suivre le régime).

    L’étude montre précisément les quantités supplémentaires d’huile d’olive extra-vierge utilisé dans l’un des bras de l’étude.
    Et ce n’est pas du tout un litre.
    Merci de corriger cette erreur et de ne pas la répandre sur les blog et les listes de discussion.

    Enfin, en terme de comparaison, la population française est beaucoup plus proche génétiquement et culturellement des espagnols que des japonais.

    Source : Primary Prevention of Cardiovascular Disease with a Mediterranean Diet
    http://www.nejm.org/doi/full/10.1056/NEJMoa1200303

    1. wasniewski dit :

      Bonjour

      Je ne vois pas le rapport avec l’étude PREDIMED qui ne me semble pas être citée dans cet entretien.

  8. Sylvain Duval dit :

    Cet article de François était intéressant, mais il a bien vieilli.

    En 2013, on ne peut plus écrire : « Dénombrer les facteurs de risque selon l’algorithme de la recommandation Afssaps mars 2005 et le taux de LDL-Cholestérol pour décider du traitement ou non. »

    Recommandations 2005 : biaisées et obsolètes
    Seuil de LDL : recommandation obsolète et non basée sur la science

    Conclusion à corriger de toute URGENCE…

    http://cholesterol-verite.blogspot.fr/2013/04/il-faut-sortir-du-dogme-des-ldl.html

  9. Catherine Tourneboeuf dit :

    Cette discussion sur les statines et surtout la « grosse affaire » du cholestérol sont des résultats de notre époque scientiste dans laquelle la science (sans conscience) sert les intérêts de quelques uns aux détriments de la santé et de l’argent de tous.
    je serais tenté de suivre l’avis du Docteur Even. Je suis tentée de croire que des scientifiques ou pseudos ont faussé des études pour que leurs commanditaires fassent des affaires. Je suis surtout convaincue qu’une certaine médecine « normative » et trop préventive fait perdre une qualité de vie à ses patients. J’en veux pour preuve les effets secondaires très réels des statines ( douleurs musculaires et articulaires) à mettre en regard de risque très imaginaires et très lointains de maladies dues au cholestérol.
    Tous les gens que je connais qui étaient traités pour faire baisser leur cholestérol ont eu des problèmes de santé et des douleurs liés à ces médicaments tandis que leur cholestérol , ils ne le sentaient pas.

    1. Paul van dit :

      Absolument d’accord, toutes ces études là sont truquées, car supposément à double insu et elles ne le sont pas. Il suffit de demander un dosage de cholestérol et on sait tout de suite dans quel groupe le patient (ou cobaye appartient) donc si le LDL-C est élevé, on sera plus enclin à diagnostiquer une angine de poitrine et de l’hospitaliser et de lui faire une coro et aussi des stents, d’où c’est l’augmentation des Évènements CV par ce biai qui causent la différence et non pas l’abaissement de ces évènements par la statine étudiée. Il n y a pas de différences dans les décès car connaissant à quel groupe les patients appartiennent, le sponsor arrête l’étude dès qu il voit que les décès dans le groupe statine commence à augmenter ou arreter tôt quand cela favorise son médicament aussi. C’est là l’ARNAQUE!!!!!