médecin de famille

Déterminants sociaux de la santé. Comprendre pour mieux soigner.

Mr R. 39 ans, est marié et père de deux enfants. Quand j’ai commencé à le soigner il était cadre commercial. Il effectuait beaucoup de déplacements, avec une grosse charge de travail et d’investissement personnel, une voiture et un téléphone de fonction ainsi qu’un bon salaire.
Son père était boucher et peu de temps libre.
Quand il était petit sa mère ne travaillait pas mais s’occupait beaucoup de sa mère dépressive et de sa soeur handicapée mentale.
Il se souvient de n’être parti en vacances en famille qu’une seule fois au cours de sa vie d’enfant.
À l’âge de 8 ans, son grand-père, qui travaillait avec son père, est renversé sous ses yeux par une voiture. Il restera des mois sur un lit d’hôpital en compagnie de machines et de tuyaux. Ses parents l’emmènent le dimanche lui rendre visite.
Comme le grand-père ne peut plus travailler à la boucherie c’est sa mère qui va aider son père.
À 20 ans, après le bac, il veut réaliser son rêve de toujours : être pilote d’avion de chasse. Il passe toutes les étapes et à la dernière il est recalé… L’armée ne lui fournira jamais d’explication à cet échec.
Il se marie et après un travail dans une banque, se retrouve à grimper les échelons pour arriver là où il est et là où, suite à un changement hiérarchique avec détérioration du climat social et surcharge de travail, le stress psychologique étant trop fort, il craque.
Quand je le vois en consultation il pleure, il a des idées noires, très noires.
Il faudra du temps d’écoute, de travail d’équipe et deux ans d’arrêt de travail pour qu’il se dé-construise pour se reconstruire. Cela aurait pu prendre moins de temps s’il n’avait pas croisé la route d’un médecin expert d’assurance ayant décrété qu’il n’avait rien et qu’il devait retravailler. Une contre-expertise psychiatrique démontrera tout le contraire : psychasthénie, troubles obsessionnels compulsifs, angoisse névrotique pathologique associée à la décompensation du trouble obsessionnel, sont les termes employés par le psychiatre dans son rapport.

Sans cette prise en charge que lui serait-il arrivé ? Suicide ? Infarctus ? Cancer ?  (suite…)

Médecin déboussolé dans un système de santé à la dérive. Cherche GPS pour un exercice serein de la médecine générale

Je suis médecin généraliste, installé depuis deux ans maintenant dans un cabinet de quatre médecins généralistes. J’ai eu l’opportunité de prendre la succession d’un médecin « retraitant » qui cédait sa place dans un cabinet que je qualifie de « magnétique ». L’exercice de ma profession sur le terrain est passionnant de par la diversité des motifs de consultation, la mixité sociale des patients rencontrés au quotidien. Chaque journée passée auprès des patients et de mes associés (confrères, secrétaires) permet un enrichissement à la fois personnel et professionnel. Martin Winckler raconte très bien dans son dernier livre ce bien-être procuré par l’exercice de la médecine de famille. Mais ce métier n’en demeure par moins difficile.

Il y a quelques mois, j’ai lu la revanche du rameur, livre pertinent écrit par le Docteur Dominique Dupagne. J’ai transposé son analyse de la société actuelle à mon exercice professionnel ce qui m’a permis de m’auto diagnostiquer aliéné social ou rameur.

Plusieurs freins vont à l’encontre de mon épanouissement professionnel, limitant ainsi mon engagement dans ce métier que je souhaitais exercer depuis mon plus jeune âge. L’éclairage apporté par la revanche du rameur m’a incité à les analyser.

Introduction
Des freins à un exercice au service de la santé

Valeurs essentielles au bon fonctionnement du système de soins
Quelques propositions concrètes
Conclusion