Simvastatine + ézétimibe : quel intérêt chez les insuffisants rénaux ?

ETUDE SHARP (résumé) :

Méthodologie : Publiée  le 09/06/11 dans le Lancet, cette étude conduite chez 9.270 patients insuffisants rénaux chroniques (dont 3.023 en dialyse) sans antécédent d’infarctus du myocarde ou de procédure de revascularisation, compare au placebo l’association simvastatine 20mg et ézétimibe 10mg avec une durée moyenne de suivi de 4,9 années. Le critère composite principal de jugement additionne les infarctus non mortels, les décès d’origine coronaire, les accidents vasculaires cérébraux non hémorragiques, et toute procédure de revascularisation.

Résultats : réduction de 17% du critère composite (p=0,002). Mais réduction non significative des décès coronaires et des infarctus du myocarde. Seules sortent significatives les baisses d’incidence d’AVC non hémorragiques et les procédures de revascularisation.

Commentaires personnels : Pas de quoi fouetter un chat…

Ces résultats sont médiocres puisqu’ils ne mettent pas en évidence de bénéfice en termes de mortalité toutes causes ou même d’origine cardiovasculaire. Par ailleurs, comme le comparateur est un placebo, et non pas la simvastatine seule, l’étude ne permet pas d’évaluer l’intérêt de l’ézétimibe. SHARP ne nous apprend donc pas grand-chose. Même si c’est la première dans l’insuffisance rénale chronique à conclure favorablement. Dans l’étude AURORA1, comparant au placebo la rosuvastatine à 10 mg chez 2.776 patients, tous en dialyse, avec un suivi moyen de seulement 3,8 années, aucune différence significative n’avait été observée… C’est aussi la première étude non négative avec l’ézétimibe, après ENHANCE2, dont la publication tardive en avril 2008 avait été obtenue suite à l’intervention de parlementaires américains qui s’impatientaient (l’étude était terminée depuis deux ans), et l’étude SEAS3, qui non seulement n’avait pas démontré le moindre bénéfice clinique de l’association simvastatine 40mg et ézétimibe 10mg par rapport au placebo chez 1.873 patients présentant une sténose aortique, mais dans laquelle davantage de nouveaux cas de cancer (p=0,01) et de décès par cancer (p=0,05) avaient été observés dans le groupe traité… SHARP qui n’a pas observé de différence sur l’incidence des cancers, ne dissipe pas totalement le doute, car cette étude n’avait pas été conçue et dimensionnée pour apprécier ce risque.

  1. N Engl J Med 2009;360:1395-407 []
  2. N Engl J Med 2008;358:1431-43 []
  3. N Engl J Med 2008;359 []

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