A propos du congrès de Nice et de ses « partenaires »

Le 6ème congrès de la médecine générale aura lieu à Nice du 21 au 23 juin prochains. Il sera l’occasion de rencontres, d’échanges et de formations… mais il sera aussi l’occasion, pour les laboratoires pharmaceutiques et pour quelques autres entreprises « philanthropiques » (Mac Do, Coca Cola…) de tisser leur toile.

Ainsi, comme toutes les sociétés savantes de spécialité, la Médecine Générale aura, avec ce congrès, une grande vitrine. Mais après l’affaire Médiator, les recommandations HAS remises en cause pour défaut de déclaration d’intérêt, l’entêtement des lobbies urologiques sur le dosage des PSA, d’autres encore pour le dépistage de masse par mammographie  … nous ne pouvons que regretter que la Médecine Générale perde ici une bonne occasion de montrer patte blanche et de donner l’exemple.

Ces dérives sont malheureusement la règle lors des congrès médicaux, leur mécanisme en est bien illustré dans un message que Dominique Dupagne a posté récemment sur une liste de discussion. Il nous a autorisé à le reproduire ici :

« Entre eux, ils se trouvent intelligents (ils le sont souvent). Ils voudraient que cela se sache, ils veulent une cour, du public, une claque, des paillettes.
C’est cher, alors on fait un petit partenariat, pas trop visible, pas trop gênant. Un sponsor qui ne demande rien (au début) et qui est présentable.
On a un petit congrès mignon, on est fier, on invite des amis. On guette les réactions dans les journaux.
Mais les copains ont un congrès plus gros, plus beau, plus valorisant. Alors on cherche des sponsors plus généreux.
Certains membres de l’équipe initiale commencent à râler. Mais on leur explique que c’est indispensable, que c’est le passage obligé pour la recherche, pour la reconnaissance. Que les autres font pareil.
Certains se barrent, d’autres restent, avec un malaise croissant au creux du ventre.

De nouvelles recrues arrivent, dénuées d’états d’âme, elles font du marketing, flattent les pères (mères) fondateurs. La puissance de la flagornerie est sans limite. Tout le monde y croit, tout le monde est fier, personne ne veut casser la grande kermesse où l’on retrouve les copains et où l’on présente son travail devant un public largement financé par l’industrie (voyage, hôtel). D’ailleurs, l’agence s’occupe de tout.

On ne veut pas savoir que si tous les participants devaient payer, il n’y aurait pas grand monde. On fait passer des travaux minables pour de la science parce qu’il faut bien remplir. Cela s’appelle de l’événementiel : faire un événement avec du vent.
Tout le monde essaye de se persuader que la grande kermesse est utile, qu’elle fait du bien à la profession. On est fier de passer à Radio Sanofi, d’être partenaire de trucs de plus en plus glaireux qui payent le fonctionnement de la société savante.
On existe, on est professeur, on a un public, on a un congrès, on est dans le journal.


Et puis un jour, on a un fils, un ami, qui vous interpelle : « Dis donc, tu ne serais pas en train de faire des pipes à 10 balles à Big Pharma? »

On s’offusque, mais on ne peut rien répondre …  parce qu’on a la bouche pleine.

Ainsi va la vie depuis trop longtemps. »

2 Commentaires

  1. Je voudrais juste préciser que ce texte a été posté sur une liste de discussion lors d’un échange et n’était pas initialement destiné à être publié. Il ne stigmatise pas spécifiquement le congrès de Nice, mais tous les congrès de sociétés savantes qui multiplient les partenariats.

  2. Delarue dit :

    Bonjour et merci pour ce mot sans langue de bois.
    Le Congrès de Nice devient un vrai sac à pubs et se décrédibilise un peu plus encore en invitant Mc Do et Coca-Cola, hauts symboles de la malbouffe.
    A quand Monsanto pour nous expliquer les bienfaits des OGM et pesticides sur la santé ?
    A quand Areva ou EDF pour nous rassurer sur l’impact sanitaire des irradiations ?
    A quand Bouygues pour nous rassurer sur les ondes électromagnétiques des portables sur le cerveau des jeunes et des moins jeunes ?

    La vitrine de la médecine générale, à travers ce type de congrès, devient la vitrine des industriels.

    Louis-Adrien Delarue, médecin généraliste, membre du Formindep.