Médecin déboussolé dans un système de santé à la dérive. Cherche GPS pour un exercice serein de la médecine générale

Quelques propositions concrètes

Pour conclure sur des propositions plus terre à terre, voici quelques exemples concrets de moyens dont j’aurais besoin pour exercer mon métier sereinement si les décideurs payeurs me sollicitaient:

  • Un logiciel métier simple d’utilisation, fiable, sans publicité, optimisé afin de limiter le temps de saisie et de remplissage du dossier médical.

  • Une base médicamenteuse comprenant uniquement les médicaments dont la balance bénéfices risques est favorable. Une sorte de compilation des médicaments qui « apportent quelque chose de nouveau » de la revue Prescrire, régulièrement actualisée.

  • Un raccourci intégré au logiciel métier permettant la déclaration simplifiée d’effets secondaires avec envoi par internet automatisé au centre de pharmaco/matériovigilance. Un système similaire en ligne pour mes patients serait merveilleux.

  • Un autre raccourci vers des recommandations de bonne pratique validées et rédigées par des experts indépendants. J’accepte les recommandations produites par des experts conscients de leurs liens d’influences et déclarants sans ambiguïtés leurs conflits d’intérêts. Cela pourrait également se faire sous forme de rappel dont l’intégration dans le logiciel métier est à définir.

  • La possibilité d’accéder dans le logiciel métier à mes chiffres d’activité (de l’année, du mois). J’aimerais pouvoir mettre en parallèle mes chiffres avec ceux de mes confrères ayant une activité comparable (volume patientèle, pourcentages tranches d’âge patients et catégories socio-professionnelles similaires) dans ma ville, mon département, ma région, au national. Cela comprendrait une partie des données du relevé individuel d’activité et de prescriptions (RIAP). Il me serait ainsi possible d’avoir un retour en temps réel sur mon activité. Il faudrait me garantir que les chiffres sont valides. Quand je vois qu’un confrère généraliste voit apparaître dans son RIAP la réalisation d’échographies, il y a un peu d’optimisation à prévoir.

  • Si je devais tolérer une chose dans le paiement à la performance, ce serait uniquement la partie qui accompagne le financement de l’équipement informatique. Elle devra tenir compte du coût des mises à jour logicielles régulières.

  • Je proposerais que le logiciel métier provienne du milieu open source. La communauté y est active, réactive et solidaire en cas de problème. Cerise sur le gâteau, c’est nettement moins coûteux (medintux par exemple). Pouvons-nous en dire autant de l’informatique de l’assurance maladie?

  • À ce sujet, je veux bien remplir des arrêts de travail en ligne, remplir des protocoles d’affection de longue durée pour alléger le travail de gestion de la caisse. Mais, je refuse que le temps consacré à se connecter, renseigner les items, transmettre à la caisse soit plus long que la même action sur formulaire papier et se fasse au détriment du temps accordé à mon patient.

  • Je rêve de pouvoir déléguer la télétransmission des feuilles de remboursement à ma secrétaire. Cette action empiète sur le temps de consultation. Pour le moment, je n’ai pas trouvé de solution en cabinet de groupe.

  • Bénéficier d’une plate-forme internet permettant de faire remonter à ma caisse de sécurité sociale ou à mon agence régionale santé les difficultés que je rencontre sur le terrain, mais aussi les propositions d’amélioration que je considère pertinentes pour optimiser mon exercice professionnel.

  • Être concerté par ces organismes avant mise en route d’usines à gaz tel que Sophia, les vaccinodromes. Ma connaissance du terrain pourrait leur éviter de proposer des outils non pertinents que je peinerais à utiliser s’ils me les imposaient sans concertation préalable.

  • Avoir accès à une plate-forme internet où sont classées les coopérations d’acteurs de soins qui fonctionnent sur le territoire ou à l’étranger dont je pourrais m’inspirer avec mes associés et mes correspondants locaux.

  • Avoir accès à un outil en ligne, actualisé en temps réel permettant de connaître le nombre de lit disponibles dans les services hospitaliers. Dans la majorité des cas, l’hospitalisation programmable se termine aux urgences, car soit il n’y a pas de place, soit je n’ai pas le temps de faire le tour de tous les services. Prenons un exemple: je souhaite une place dans un service de gastroentérologie. Sur l’outil en ligne, je tape les mots clés: gastroentérologie, si besoin avec un filtre pour tel ou tel établissement (+/- chambre seule…). À l’hôpital, tout est informatisé. Ça ne doit pas être compliqué de mettre en ligne ces informations depuis les données du bureau des admissions. Une sorte de transfert automatique sur un Cloud où figure le nombre de lit disponibles dans un service donné.

  • Obtenir plus facilement des rendez-vous pour mes patients chez les spécialistes lorsqu’un avis justifié est nécessaire. Les agendas de mes correspondants sont souvent pleins à 15 jours minimum sans aucune place d’urgence.

  • Avoir des outils simples et fiables pour communiquer de manière sécurisés avec mes correspondants locaux et régionaux. Je n’ai pas besoin d’une solution complexe et coûteuse tel que le dossier médical partagé et encore moins d’être contraint de le remplir sous la menace de textes législatifs. Des outils sécurisés existent déjà et sont adaptés à notre pratique.

  • Dans la rubrique communication avec mes confrères, je souhaiterais une participation active de mes confrères à cette rubrique du site voix médicales. Pouvoir communiquer entre médecins de manière argumentée est essentielle. J’écris bien communiquer et non critiquer. Ces ressources apportent des exemple facilitant les échanges. Il est ainsi plus aisé de s’entendre sur une prise en charge optimisée de nos patients communs.

  • Avoir à disposition, un site internet permettant d’évaluer mes pairs et inversement. Ainsi, il me serait également possible de bénéficier d’un annuaire des correspondants locaux dont les compétences, qualités et défauts seraient facilement accessibles. Un tel outil faciliterait l’orientation de mon patient dans le parcours de soins.

  • Pourquoi pas une interface équivalente permettant à mes patients de m’évaluer?

  • N’avoir accès qu’à des formations indépendantes (non financées par l’industrie et avec un formateur sans lien d’intérêt).

  • En tant que futur maître de stage, j’aimerais pouvoir bénéficier d’une évaluation de mes qualités d’enseignant par mon stagiaire (plate-forme sur internet) et pouvoir faire l’évaluation de mon stagiaire directement sur le site de la faculté. Cela limiterait la paperasserie.

  • En parlant de paperasserie, j’aurais une préférence pour un coup de fil d’un agent de la caisse ou d’un médecin-conseil plutôt qu’un courrier impersonnel que je peine systématiquement à décoder. Les rares fois où le médecin-conseil a pris son téléphone pour me demander des précisions et échanger, le problème a été réglé en quelques minutes. Quel gain de temps pour tout le monde, en particulier pour le patient.

J’interromps ici la liste des moyens dont je souhaiterais bénéficier pour mieux travailler et me sentir bien dans mon exercice professionnel. Certains existent peut-être déjà, je ne demande qu’à les connaître.

Mes souhaits divergent peut-être des vôtres. Chaque acteur du système de soins devrait établir sa propre liste des moyens dont il aurait besoin pour bien travailler.

Au mieux, nos partenaires décideurs et financeurs pourraient prendre l’initiative de les solliciter afin de connaître ces besoins propres à l’exercice de terrain.

Introduction
Des freins à un exercice au service de la santé

Valeurs essentielles au bon fonctionnement du système de soins
Quelques propositions concrètes
Conclusion

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Un commentaire

  1. M.L. dit :

    Tout a fait de ton avis, les relations des médecins entre eux et surtout avec leur environnement hospitalier mériteraient d’être améliorées.
    Récemment, j’en ai écrit un article sur mon blog, vas voir ce que tu en penses.
    http://www.cris-et-chuchotements.net/article-le-generaliste-et-son-etrange-r-voisinage-hospitalier-108398029.html